THE CLASH – London Calling (1979)

Written by on 26 octobre 2017

 

Au départ de cet album, il y a le rencontre du Clash avec le producteur Guy Stevens. Guy Stevens était de ces activistes rock qui grenouillaient dans le métier depuis une décennie, écrivant des notes de pochette pour Larry Williams, organisant des tournées de pionniers. Guy Stevens s’était démené comme un beau diable pour le rock. Il avait produit Free et Mighty Baby, trouvé le nom de Procol Harum et tenté de lancer Mott the Hoople. Président du fan club anglais de Chuck Berry, Guy Stevens a une revanche à prendre. Il découvre en Clash un orchestre toujours en devenir et va s’attacher à le faire jouer. A faire notamment répéter les morceaux par la seule section rythmique, jusqu’à ce que les titres tournent parfaitement, avec une rondeur jamais entendu chez un groupe Punk.
Le disque est enregistré en août et septembre 1979 après de longues répétitions dans le garage du groupe et aux studios Vanilla qui feront l’objet d’un CD spécial dans l’édition Deluxe 2004 de « London Calling ». Sur le DVD, on peut voir Mick Jones jouer « Hateful » sur une Stratocaster noire, sauf que c’est Guy Stevens qui vole le show avec son attitude savant fou les doigts dans la prise.

Il est des groupes dont le 1er album restera toujours le meilleur, et des groupes dont la route, finalement, est captivante car le 1er album n’était que le Polaroid d’un instant précis, suivi par un chemin parcouru des musiciens en acquisition permanente. Les Clash était un groupe « on the move » comme disaient les anglais. On les avait découvert à Paris, maculés de peinture à la Pollock, on les revit en mode hard rock pour le 2eme, « Give’ em Enough Rope » produit pas Sandy Pearlman, mentor de Blue Oyster Cult. Mais l’Amérique boude ses efforts et tout est à reprendre. Alors Clash envoie le message haut et fort : « Ecoutez ! L’apocalyse est proche… Notre société coule, on s’en fout… le rock a besoin d’un coup de pied au cul, on s’en charge. »

Telle  est la morale du disque.

  • (L-R) Paul Simonon, Topper Headon, Joe Strummer and Mick Jones of The Clash live in Boston, MA. February 16, 1979.

Clash était sans conteste le seul groupe Punk a pouvoir remplir 4 faces de musique. Tout commence par l’appel de « London Calling », riff destructeur, guitare morse, basse cinglante et batterie martiale. Oui, Londres lançait un nouvel appel à tous les rockers de la planète, même ceux des « far away towns« . Et pour bien enfoncer le clou, Clash démolit directement derrière un vieux hit de Vince Taylor, l’imparable « Brand New Cadillac ». Ce seul titre annonce les Stray Cats et tout le rockabilly revival. Marc Zermati se souvient d’avoir fait rencontrer Vince Taylor (aors bien abimé) et Joe Strummer place Clichy, lors d’un passage parisien au Palace. Pour la petite histoire, « London Calling » fut composé et publié avec une telle urgence que le « Train in Vain » n’est même pas mentionné sur la pochette ou les étiquettes du 1er pressage. Après la prophétie initiales, les 18 titres du projet sont classables en 3 catégories distinctes. Des moments de drame total : « Working For The Clampdown », « The Card Cheat », « Guns Of Brixton ». Des moments de chaleur humaine et de compassion : « Spanish Bombs », « Lovers Rock », « Lost in Supermarket », « Jimmy Jazz », « Train in Vain ». Et enfin des instants de pure joie musicale, celle de bander le jeune muscle du groupe et l’autoriser à jouer reggae, rockabilly, New Orleans… : « Brand New Cadillac », « Revolution Rock », « The Right Profile », « Wrong Em Boyo/Stagger Lee » et « Rudie Can’t Fail ». Clash se retrouve ici dans le rôle de passeur, ce disque fait la charnière entre l’age d’or du rock et ce qui arrivera ensuite.
Un titre comme « Spanish Bombs » utilise des accents flamenco et sera l’initiateur du rock de la Mano Negra et de 1000 combs andalous et catalans. Mais Clash restait un groupe purement punk. L’intégralité de Strummer (surnommé à l’époque Camarade Strumski par la presse rock anglaise) ne peut etre mis en doute. Et lui, le rocker de terrain, voit bien se qui se met en place sous les gouvernements Thatcher/Reagan leur désengagement du service public et du social, leur vénération de la bourse etc. « Alors, quand les flics viendront vous chercher à l’aube/Comment vous sortirez, les mains sur la tête ou les mains sur le flingue ? » demande la chanson reggae « Guns of Brixton ».
Une bien bonne question.
Les Clash ne manquaient pas d’humour et pouvaient tout se permettre, parodier même Thin Lizzy (« Death or Glory ») mais tout au long des 4 faces, ils vont enfoncer quelques méta-riffs de l’histoire du rock. Des titres comme « Clampdown », « Four Hoursemen » et « I’m not Down », jamais cités dans aucune critique, font le sel du projet, sa chair secrète. C’est là qu’on puisera courage et réconfort car ces morceaux seront éternellement comme un double doigt d’honneur anglais dressé face aux inévitables adversités.
Groupe positif, Clash tombe presque par hasard sur des observations lumineuses. »Lost In The Supermarket » est un titre qui annonce Jane’s Addiction et les mutants défoncés au Prozac, admirant des heures durant les étiquettes des boites de conserve dans les travées de l’hypermarché. « Jimmy Jazz », repris par les BB Brunes en concert n’a absolument pas bougé.
Maintenant, il ne faudrait pas croire, avec le recul, les anecdotes tacites, les éditions Deluxe et tout le tremblement, que la route du Clash se transforma illico en pont d’or. Pour avoir suivi les dates écossaises de la tournée « London Calling », je peux témoigner les conditions de voyage (en vieux bus) et de logement (en bed & breakfast) abyssales. Et avec ce doublle album vendu au prix d’un seul -clairement- ceux-là ne feraient pas fortune dans le rock.

 

Source Philippe Manoeuvre (La Discothèque idéale- Albin Michel)


Morceaux qui passent dans les shows : Hall of Fame, Punk, Rock, British Rock


Une vidéo de l’enregistrement de l’album avec Guy Stevens

https://youtu.be/vODaIpTt_BM

 


Le concert à Paris (Palace) – 27 février 1980

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