AC/DC – Highway to hell (1979)

Written by on 25 octobre 2017

L’enregistrement de « Highway to Hell » est une étape majeure dans la saga d’AC/DC. Le groupe se retrouve en studio pour un effort définitif, un disque monumental qui doit imposer la marque AC/DC dans l’arène des gladiateurs hard. Récapitulant l’avancée du groupe sur le territoire américain, les pontes d’Atlantic Records constatent que les 2 premiers albums d’AC/DC se sont vendus à 100.000 exemplaires chacun. Au terme d’un effort de tournée crucifiant, « Powerage », le 3ème en a dépoté 200.000. Un live intitulé « IfYou Want Blood You’ve Got It » caracole dans les charts (et dépassera le chiffre de « Powerage »). Mais Angus & Malcolm sont dubitatifs. « Powerage » était un disque de Jams sanglantes, mais sans réelle direction. Vanda & Young, producteurs historiques, avaient eu l’intelligence et le flair de laisser tourner les bandes. « Powerage » est le disque préféré de ce grand connaisseur de riff qu’est Keith Richards, mais le groupe sent qu’il peut mieux faire. Plus drôle, plus sarcastique.
Dès Décembre 1978,  de retour dans son fief de Sidney, AC/DC commence à répeter. Très vite, Atlantic Records intervient et impose un professionnel du hit-parade aux commandes du nouvel enregistrement. Le producteur choisi par la la maison de disque n’est autre qu’Eddie Kramer. Un classic rocker qui s’enorgueillit justement d’avoir travaillé avec Jimi Hendrix et Led Zeppelin dans des moments de haute créativité (« Electric Ladyland », « Led Zeppelin II »). Pour Atlantic, Kramer est surtout le producteur qui vient de sauver Kiss, imposant le rock très ludique des clowns métal dans les charts (« Alive ! ») avant de leur ciseler un son radiomical sur « Love Gun ». Eddie Kramer convoque les AC/DC à Miami, au soleil des studios Criteria.
Loin de Vanda et Young, producteurs, qui ont créé leur son, les AC/DC regimbent et jamment des heures sous le regard inquisiteur de Kramer, tout auréolé de son prestigieux passé. Etudiant AC/DC, Kramer constate : »C’était un groupe infiniment plus simple que Led Zeppelin, pour des raisons évidentes. Plus simple, plus brut, un groupe de rock fondamental… ».
Kramer insiste pour commencer à travailler dès midi . Une idée qui passe mal auprès des hard rockers, meilleurs la nuit. Le récit des hauts faits passés du producteur fait bailler Australiens. Le point de non-retour est atteint lorsque Kramer tente d’inculquer sa vision d’une bonne chanson aux frères Young. « Il a dit : ‘On prend telle intro des Stones et tel refrain de tel autre groupe’ et là, Bon Scott a dit : ‘Fuck off !’ Ça n’allait pas le faire. »
En cachette, les AC/DC se mettent à travailler loin du producteur l’ossature de « Highway to Hell » et « Love Hungry Man ». De son cote, Eddie Kramer se réveille un matin avec une idée de génie : AC/DC doit reprendre « Gimme Some Lovin » du Spencer Davis Group. Bon Scott s’étrangle d’horreur. Le producteur est renvoyé.

Appelant au secours de vieux potes, les AC/DC tombent sur un jeune producteur anglais qui a réussi de jolis disques avec Boomtown Rats et surtout Graham Parker, le soul boy aux yeux bleus. Le nom de ce jeune sud africain est Robert Mutt Lange. Loin d’avoir le statut prestigieux de son prédécesseur, il rapatrie les AC/DC dans un Londres glacial. AC/DC répète des jours durant dans un hangar autour d’un poêle au kérosène, jouant en manteau dans un froid polaire.
Typiquement, lorsque le gang se décrète fin prêt et investit le studio Roundhouse, Bon Scott est toujours en train de chercher frénétiquement l’inspiration, gribouillant force notes sur des feuilles éparses. Mais Angus a trouvé le titre, ce sera « Highway to Hell », en souvenir de cette marche forcenée des Australiens ouvrant sauvagement sur la planète pour toutes les grosses pointures du rock, Aerosmith, Doobie Brothers, UFO, Boston, Johnny Winter, Ted Nugent…Les 2 frères et la rythmique sont tellement au point que le producteur va porter son attention sur le phénoménal Bon Scott, lui apprenant à gérer son souffle pour réussir le tour de force « Touch too much ». L’autre idée de Mutt Lange est d’imaginer des chœurs, grande première pour AC/DC. Réunissant les garçons dans un coin du studio, Mutt Lange fait entonner de grandes braillées, où l’on apprend que « cette gonzesse, elle tient la cadence, ouais« . L’effet est remarquable. C’est la touche Punk qui va permettre à AC/DC de proposer le meilleur du vieux hard rock (Angus, ses soli incisifs, Bon Scott en tornade humaine) et du jeune Punk (ce coté soudard en chaleur des coeurs, la rythmique surpuissante qui ne relache pas la pression). L’atmosphère en studio est excellente, et, du coup les aC/DC vont tenter une chanson vieille de 2 ans déjà. « Night Prowler » est une merveille, le « Midnight Rambler » du groupe. Mais le temps passe et AC/DC est attendu sur la route ! Des concerts au Japon sont repoussés, l’ambiance devient frénétique. Pour mixer l’ensemble, on fera appel à un vétéran des studios Island. Tony Platt a travaillé avec Free, Spooky Tooth, Bob Marley et Thin Lizzy. Son respect pour AC/DC est tel qu’il en devient l’homme de la situation. Galvanisé par l’enjeu, Platt comprend qu’il se trouve face à un disque surpuissant, voué à un succès mondial. Saisi par l’importance de l’affaire, Bon Scott vient pas 2 fois refaire les voix de « Night Prowler » en plein mix, au Basing Street Studios. Tony Platt : « La bande tournait et, quand j’ai entendu ‘Highway to Hell’ la première fois, je me suis dit : Putain, voilà un classique ! »

L’album est mixé en un temps record (une semaine). Nous sommes en Avril 1979. AC/DC livre les bandes de « Highway to Hell » et part pour les USA donner 53 concerts. Les frères Young et les fans sont loin de se douter que cet album sera le dernier avec le fabuleux Bon Scott.

 

Source Philippe Manoeuvre (La Discothèque idéale- Albin Michel)

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Morceaux qui passent dans les shows : Hall of Fame, Hard Rock

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« Franchement, à la limite, AC/DC aurait pu arrêter d’enregistrer après ‘Highway to Hell’… » (Joe Perry Aerosmith)
Perso, je ne suis pas loin de penser comme lui, mais on peut dire cela de tellement de groupe ! (à commencer par Aerosmith (groupe que j’adore))

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Un petit commentaire (je ne m’en autorise pas souvent !).
Certains, surtout parmi les plus anciens qui comme moi lisaient Best et Rock & Folk assidûment dans les années 70/80, se souviennent que Philippe Manoeuvre n’a pas toujours été un grand fan de hard rock. Le mot est faible ! Alors, je comprends que ce type de chronique en énerve certains sur internet. Je comprends leur position. Ce n’est pas la mienne.  Sur une période de 30 ans on a largement le temps de changer d’avis, de voir ses goûts évoluer.
Alors pour le plaisir, et pour rétablir l’équilibre, la chronique de l’époque de PM alors qu’il vient de toucher 2 monuments, « Live Killer » de Queen, et « Highway to Hell » d’AC/DC.


Ah oui, ça déchire ! Pure style de PM (et d’autres) de l’époque. Epoque ou après le passage des punks il était de bon ton de dégommer tous les dinosaures du rock. Led Zep, Eagles, Queen et consorts en ont  pris pour leur grade ! Aujourd’hui ça me fait marrer de lire ces chroniques, à l’époque beaucoup moins 🙂  Après chacun peut aussi balayer devant sa porte. Moi, fin 70, début 80, je prenais le rock sudiste pour une bande de cajuns décérébrés, racistes ! (Bon j’ai une petite excuse, c’était l’époque de « Délivrance » !)
Aujourd’hui je ne passe pas une journée sans en écouter. On change !

 

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