QUEEN – A night at the Opera (1975)

Written by on 12 novembre 2017

Oui, on sait, le dossier Queen est accablant.

Ce groupe, dernier des grands dinosaures, formé en 1970, a mené une carrière allant à l’encontre de toutes les théories d’intégrité de tous les rock critics de tous les temps.
Pour bien situer l’ampleur du phénomène, on rappellera que Queen, quasi seul de la planète rock, est allé jouer en Afrique du Sud en plein Apartheid, en 1984. Il y avait du fric a ramasser et Queen a osé. De plus Queen serait artistiquement coupable de quantité de choses. Produire un rock pompier, entre music-hall et heavy metal, bidouiller des disques entiers avec des synthés, faire du disco, faire des musiques de très mauvais films (« Flash Gordon »), tourner des clips avec 50 filles  nues, certaines putes, toutes très soumises. Ignorant du principe à part Frank Zappa, aucun moustachu ne réussira dans le rock, Freddie Mercury s’est laissé poussé de fières bacchantes. Il a pris la scène dans d’extravagantes tenues, mais le plus souvent en slip et tricot de peau. Pardonne mais n’oublie jamais : Queen a été le premier groupe à enregistrer un vidéo-clip.
De ses débuts (en première partie de Mott The Hoople) aux concerts de stade de l’ultime tournée, Magic Tour 1986, devant 1 million de personnes, Queen a donné des centaines de performances hautes en couleur. L’engagement des musiciens, leur manière de croire en leur projet, la violence froide qui en découle sont uniques dans le rock et Freddie Mercury, voix de ténor, est probablement un des plus grands chanteurs de tous les temps. Placement impeccable, fausse nonchalance qui rend tout très intéressant et une façon unique de mélanger blues et lyrique. Pour bien faire la différence avec le tout venant, Queen écrit des hymnes rock avec une facilité déconcertante (« We Will Rock You » n’étant pas le moindre). Arrogant le groupe se lance dans une course anti-convenance, imposant sa vison des choses. Les fautes de gout sont revendiqués, sabots du guitariste ou tenue iréelle de Freddie Mercury sur scène, tout Queen et son fan club galvanisé semblent à la recherche permanente de records à pulveriser. L’album le plus cher de tous les temps engendrant des concerts établissant de nouveaux records. Freddie Mercury est mort du sida à 45 ans, le 23 novembre 1991. Il a fait annoncer sa maladie la veille de sa disparition. Tout semblait à ce moment réuni pour qu’on oublie Queen.
Le public en a décidé autrement. Un film « Wayne’s World », et une séquence d’anthologie révèlent au monde entier un des secrets les mieux gardés de la fin du 20ème siècle : l’amour des adolescents pour Queen. Comédie musicale, clips, un catalogue sans cesse remasterisé et reproposé au public et voila Queen devenu un énorme phénomène. En Grande-Bretagne, le « Greatest Hits Vol 1 » de Queen est la plus grosse vente de tous les temps (plus de 6 millions).

Que penser de cette nuit à l’Opéra ?
Et d’abord que se passe t’il en 1985 ?
Led Zeppelin est au sommet de sa puissance(« Physical Graphitti »). Les Who donnent « By Numbers ». Les Stones marquent le pas. Une place se libère, Queen est là…

Album au budget colossal, le plus cher jamais produit de l’époque, « A Night At The Opera » est le 4ème Queen. Les basic tracks sont enregistrés au studio Rockfield, dans une ferme du Pays de Galles. Un studio rock où travaillent Flamin’ Groovies et Dave Edmunds. « Freddie Mercury, racontera le bassiste John Deacon, avait tout le disque dans sa tête. Et des petits carnets remplis de notes et d’idées et de bouts de structures. En trois reprises il nous faisait abattre les rythmiques. » Freddie Mercury a dressé le résumé des 5 premières années de Queen. Sa force sera d’en faire une oeuvre collective, de l’offrir à son groupe. Les basic tracks en boite, le quartette part pour Londres, studios Scorpio, enregistrer les voix. Les ennuis commencent. Le seul titre « Bohemian Rhapsody », 5 minutes et 59 secondes de beauté pure (« Scaramouche ! Will you do the Fandango ? »), aurait demandé trois semaines de studio pour que le chanteur flamboyant puisse tresser 120 voix différentes, voix enregistrés sur 24 pistes (technique récemment reprise par Axl Rose sur son « Chinese Democracy »). Il fallut dès lors au fidèle producteur Roy Thomas Baker migrer vers 5 autres studios pour tenter de mixer le projet. Car « A Night At The Opera » est un grand album rock, démarré dans la haine et le métal cinglant (« Death On Two Legs »), il propose ensuite toute la palette de ce que peut offrir le groupe, chansons pop british (« Lazing On The Sunny Afternoon ») ou pure provocation macho (« I’m In Love With My Car »). Force du groupe, tout le monde compose et John Deacon offre « You’re my best friend », encore une gemme radiophonique. Brian May s’octroie huit minutes de délire canon (« The Prophet’s Song ») et « Bohemian Rhapsody » arrive telle la proverbiale pièce montée en fin de réception. Durant les éprouvantes séances, les Queen, incapables de comprendre où  leur chanteur s’aventurait avaient surnommé le titre « Le truc de Freddy ». Beaucoup pensent aujourd’hui que cette chanson est l’une des plus importantes de l’histoire du rock.
Drôle de vie que celle de Freddie Mercury : né à Zanzibar, élevé en Inde, réfugié politique, il arrive en Grande-Bretagne avec ses parents (adeptes de la religion de Zoroastre ?) en 1964. C’est dans la petite ville de Feltham (où il ne se passe jamais rien) qu’il rencontre Brian May.
En 2004, Roy Wilkinson, journaliste chez Mojo, s’est amusé à étudier les textes de « Bohemian Raphsody » et à cru pouvoir y lire l’histoire de la fuite de la famille Bulsara. « Est ce la vrais vie ? Est ce un rêve ? » demandait Mercury au début de son chef d’oeuvre, son opéra de poche. C’est ce même morceau que 31 000 Anglais ont fait entrer dans le Guiness Book des records comme Britain’s favorite single ever.
Non content d’établir les canons du rock épique , « A Night At The Opera » est surtout le disque qui va installer Queen au sommet, rester numéro un 9 semaines à sa sortie et vivre 50 semaines dans les meilleures ventes mondiales. Sur la pochette afin qu’aucun doute ne soit permis, cette mention garantie d’époque : « No synthetiseur ».

 

Source Philippe Manoeuvre (La Discothèque idéale II- Albin Michel)


Morceaux qui passent dans les shows : Hall of Fame,Hard Rock, Live, Le Grand Mix, « Guitar Heroes » by ROD


L’article de ultimate classic Rock
http://ultimateclassicrock.com/queen-a-night-at-the-opera/


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