DAVID BOWIE – Ziggy Stardust (1972)

Written by on 12 novembre 2017

 

 

 

 

 

 

 

Par quelque bout qu’on le prenne, « The Rise and Fall of Ziggy Stardust and The Spiders from Mars » est la pièce centrale du mythe Bowie. Ce disque incontournable, devenu symbole du glam rock, puis du classic rock, est un piège absolu pour le commentateur. Des millions de gens en connaissent l’existence, l’adorent et l’apprécient comme un monument 5 étoiles de la musique toujours cité dans les 10 premiers des 100 meilleurs disques rock de tous les temps. Qu’on s’approche avec émotion ou avec dédain, le résultat est identique, dès l’introduction tout en douceur du 1er titre « Five Years ».
Au départ, le disque prévu était différent puisque sur la première face, Bowie avait envisagé de faire figurer en final « Round and Round » (de Chuck Berry) et « Port of Amsterdam » de Jacques Brel. Il devient clair que Bowie, comme un boxeur cognant le vide avant le combat, comme un écrivain relisant quelques chapitres de Dostoïevski avant d’attaquer sa propre page, s’est mis au plus haut niveau avec ces 2 fondamentaux, le rock n’roll le plus pur et le chanteur le plus souverain et qu’il est parti de là, avec la très claire ambition de faire mieux que les 2 réunis.

A l’arrivée, les reprises furent publiées en 45 tours et nous avons gagné l’album absolu, la perfection pop ultime.

« … Ziggy Stardust » est un disque mystérieux comme peu. Bizarre. Entêtant. L’auditeur cherchant à garder la tête froide en sortira déconcerté. La perfection de l’album éblouit. Elle surgit du jeu des individus (tel solo de guitare sur « Moonage Daydream » reste une merveille electro accoustique), de la nouveauté des thèmes (« Sufragette City » annonce le féminisme, le punk, les riot girls, Runaways, L7, Betty Blowtorch, etc). Disque visionnaire donc, « … Ziggy Stardust… » est également une usine à tubes (5 singles, tous classés), un merveilleux rock opéra s’écoutant dans l’ordre exquis et racontant la légende de Ziggy Stardust « qui aimerait nous rencontrer mais a peur de nous rendre dingues« . Mais d’abord, qui est Ziggy ? D’innombrables articles plus ou moins cartésiens ont tenté de résoudre cette première enigme. Bowie s’était beaucoup livré dans « Hunky Dory », l’album précédent, catalogue de ses obsessions personnelles (Burroughs, Beatles, Warhol, Velvet Underground, Sinatra, Marlene Dietrich). Ici, il interprète la légende d’un rocker en perdition, soi disant inspiré par le pionnier du cuir noir Vince Taylor. On parlera également d’un tailleur, du Legendary Stardust Cowboy, oublient un peu vite cette évidence : Ziggy pourrait simplement être Iggy, ce chanteur des Stooges de Detroit qui obsède Bowie et deviendra son compagnon d’exil à Berlin. Oui mais non : « Ziggy jouait de la guitare » (instrument auquel on ne peut décemment associer Iggy Pop) « et il en jouait de la main gauche  » (comme Hendrix donc). Bienvenue dans le Palais des miroirs.

  • Epoque Ziggy

Que veut Ziggy ? Libérer l’humanité de la banalité. On avait laissé le glam aux mains de T.Rex. La télévision avait adoubé l’Electric Warrior en lui confiant l’accès maximal à Top of the Pops. Bowie avait repris la main sur le mouvement en stratège supérieur (« Je suis homosexuel », Melody Maker, 22 janvier 1972). Coup de génie qui autorise l’hommage au « Starman » et sa fin de refrain « Let all the children boogie », marque de fabrique de T.Rex. On pourrait écrire un livre sur cette amitié étrange entre Bowie et Bolan, tous deux obsédés par Syd Barett qu’ils suivaient de concert en concert lors des premières apparitions du Floyd. Bowie et Bolan se sont beaucoup fréquentés dès 1968. L’idée même que des bandes ou les 2 futures pop stars extraordinaires mêleraient leurs voix puissent exister, quelque part, dans un coffre fort, laisse rêveur. Bolan conseille à Bowie de chanter « Space Oddity » en 1969. Bowie demande à Bolan de poser un solo sur un morceau de 1970. Puis la télévision. Les hits de part et d’autre et la rivalité annoncée… Pour Bowie, Bolan est Lady Stardust, femme fatale. (Ziggy Stardust a une bisexualité trouble, il l’assume, grande première dans le rock).
Ce disque est également un nouvel échelon dans l’escalade sonique des années 70. Richement enregistré par Ken Scott (Ingénieur formé à Abbey Road par l’équipe Beatles) entre septembre 1971 et Janvier 1972 aux studios Trident, « Ziggy Stardust » sera ensuite mixé et littéralement chromé à l’or fin par un Bowie déjà compositeur et parolier mais aussi totalement en contrôle de l’outil cabine de mixage (tout partant d’un huit pistes !). Jamais la stéréo n’a cisaillé aussi vite, jamais un groupe n’a été enregistré aussi près du moteur. La force de Bowie est de carrosser tout cela avec des lignes très pures, proposant au final une Ferrari spatiale, sa version du rockabilly à la Eddie Cochran : « Han On To Yourself ».
L’ultime énigme de Ziggy Stardust pourrait bien être l’incroyable gospel « It ain’t easy », chanson du compositeur américain Don Davies (déjà reprise par Mith Ryder sur lalbum « Detroit », en 1972). Que fait en fin de première face ce gospel digne des Stones sinon permettre à Bowie de se mesurer à Mick Jagger en une véritable apothéose vocale sur le combat du bien et du mal ?
« Ziggy Stardust » sort le 6 juin 1972 et Bowie, tignasse vermillon, part en tournée avec ses fabuleux Spiders from Mars (Woody Woodmansey à la batterie, Trevor Bolder à la basse). Il attaque ses concerts pied au plancher avec « Hang on to yourself » et invente le jeu de scène fellation de la guitare avec un Mick Rono Ronson impavide, décochant des solos extatiques. Dans le disque, Ziggy Stardust s’autodétruit par arrogance et cruauté mentale. Dans notre espace temps, le 3 juillet 1973, filmé sur la scène du Hammersmith Odeon par le grand Don Alan Pennebaker, cinéaste de Bob Dylan, David Bowie prophétise : »C’est non seulement le dernier concert de la tournée, mais aussi le dernier concert qu’on fera. » Et il attaque 3Rock N’ Roll Suicide », trucidant son alter ego, le catapultant dans un ailleurs d’ou il redescendrait plus, tournant à tout jamais dans un brouillard rose poussière de satellite, arrosant la planète bleue d’ondes bénéfiques.

Source Philippe Manoeuvre (La Discothèque idéale II- Albin Michel)


Morceaux qui passent dans les shows : Hall of Fame, Rock, Live, Le Grand Mix


L’article de Rolling Stones sur la polémique sur la création du personnage Ziggy Stardust
http://www.rollingstone.com/music/features/ziggy-stardust-how-bowie-created-the-alter-ego-that-changed-rock-20160616


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