DEEP PURPLE – In Rock (1970)

Written by on 22 octobre 2017

La mort tant redoutée des Beatles avait brouillé les cartes. Du cote de San Francisco les cow-boys psychés barraient dans la coke. Tandis que les Fabs s’essayaient à ramasser les lambeaux épars du mythe (« the dream is over » oserait Lennon), une nouvelle division panzer à profiter de la confusion générale pour tout écraser sur son passage. Priorité absolue : monter le son. Il n’était plus question que de cela. A combien il monte ton Marshall ? Voila ce que la piétaille avait retenu de Jimi Hendrix. Pousser le son. Potards à 11. Des wah-wah à la rescousse. Distordre le feed-back, jouer avec le larsen, faire la différence à coups de gimmicks tordus. Pas grave en soi: les baby-boomers avaient de grandes oreilles. Pointus, les aficionados savaient que toute la musique que l’on aime, elle vient de là, de la guitare électrique. Voilà pourquoi de furieux bataillons de hardos allaient s’abattre en pluie drue sur les bacs à disque, Led Zeppelin, Jethro Tull, Black Sabbath…Au mileu, Deep Purple. Les Deep, comme on les surnommait dans les lycées, arrivait pile. Une formation pop anglaise , cheuveux bouffants, chemises à jabots, vestes moirées. Avec un pauvre hit américain (une reprise du « Hush » de Billie Joe Royal). En 1969, Deep Purple est revigoré par l’embauche d’un jeune et nouveau screamer chevelu, débauché chez Episode 6 en raison de sa capacité à rivaliser avec Janis Joplin dans les aigus. Puis un bassiste constamment sous speed, creusant des lignes frénétiques. Un batteur compact et charnel, coup de pied redoutable, caisse claire percutée avec une aisance de métronome. Ajoutons pour faire bonne mesure un bavard organiste de formation totalement classique… Et un sessionman bretteur de la Stratocaster, Ritchie Blackmore, 22 ans. Celui-là avait surgi armé d’une Hofner club 50, s’épuisant à 15 ans au sein des premières formations rock n’ roll européennes. Il avait glandé à Hambourg, fait le souteneur pour 2 putes allemandes, gratté avec des groupes au nom improbables (Dominators, Outlaws puis les  Savages de Screming Lord Sutch). Non content de sarcler des riffs ruisselant de chrome, Blackmore est un grand de l’improvisation. Sur scène, chaque titre d' »In Rock » est le prétexte à de longs délires, de grands affrontements stéréophoniques orgue/guitare.

Si la plupart des concurrents trimardent du coté du blues, Deep Purple MK II s’acharne à piller le tronc rock n’ roll des légandaires pionniers. Dès le 1er titre, « Speed King », Ian Gillan établit une filiation avec Little Richard et tous les hurleurs frénétiques. Six semaines de répétition soudent le groupe qui fait sa 1ere apparition nouvelle formule le 10 juillet 1969 au Speakeasy. Mais Deep Purple est une formation criblée de dettes. La plaisanterie classique de Jon Lord ‘ »Concerto for group & orchestra ») a mis le pourpre sue la paille. Pressé comme un citron, le quintette tente sporadiquement de dégager un peu de temps pour enregistrer un album. Les mois passent, Deep Purple enregistre d’août 1969 à avril 1970. Blackmore surtout à donné le mot d’ordre: »Si ce n’est pas excitant ou novateur, oubliez. ». Largement obsédé par Hendrix dont le « Fire » semble offrir la définition du rock moderne en une capsule de 3 minutes, Blackmore profite de l’ambiance générale pour déchirer 2 furieux solos galopants qui fascineront une génération de fans éberlués: » Flight of the rat » et « Hard Lovin man ». Derrière, tout le monde durcit le propos. Deep Purple avait donné jusque la dans un prog rock médiéval chelou, Tolkien, hobbits, grimoires. Soudain les textes resserrent l’affaire. On parle sexe, groupies, dope, et parfois de tout cela à la fois (« Living wreck », début d’une longue série de chanson sur le thème « Je me suis levé ce matin/ Putain le mal de crane… »). Les studios changent IBC, Abbey Road,De Lane Lee…

Seul probleme: dans son furieux désir de publier l’album de hard rock ultime, Deep Purple a simplement oublié le single fédérateur. Le management s’en irrite. Un retour rapide en studio en mai 1970 permettra d’enregistrer l’invincible « Black Night » aujourd’hui expliqué par Roger Glover comme une série de plans piqués à droite et à gauche (riff Ricky Nelson, batterie Canned Heat, titre Arthur Alexander). La contribution des Deep Purple ? Mélanger tout cela, jeter l’ensemble dans un shaker,monter encore le son. L’époque est bénie puisque le souffle des Marshall balaye toute notion d’emprunt. Comme en se jouant, Deep Purple accouche de son numero 1, « Black Night » (qui figure uniquement en bout de CD sur la reedition anniversaire).

Il faut encore le signaler: le son original du disque fut beaucoup moins aisé à transcrire en digital. Comme « Born to Run » ou « Let it Bleed », « In Rock » est un chef d’oeuvre analogique. Longtemps le son totalement unique de l’oeuvre majeure de Deep Purple échappera aux réediteurs et, aujourd’hui encore, on ne saurait trop conseiller l’épuisante recherche de la version vinyle originale anglaise, son signé Martin Birch, clinquant sous sa pochette glacée, avec les détails idiots à l’intérieur, ces notes de pochettes dans lesquelles une génération tenterait d’apprendre l’anglais : »Child in time: histoire d’un perdant. Vous peut etre ? »

Sur le photos, les Deep Purple sont barbus, chevelus. De vrais hard rockers. En tout cas, et peu après leur passage tomate à la taverne de l’Olympia filmé par Pop 2, le groupe inavouable d’une génération. LA génération Marshall. Pas de McLuhan, pas le plan Marshall, non juste les amplis. Ca faisait tellement plus de boucan.

Source Philippe Manoeuvre (La Discothèque idéale- Albin Michel)

Certains morceaux passent dans les shows : Hall of Fame, Hard Rock, le Grand Mix. 


Reader's opinions

Leave a Reply

Your email address will not be published.


Current track
TITLE
ARTIST