LYNYRD SKYNYRD – « Pronounced ‘Leh-nerd’ Skin- nerd » (1973)

Written by on 29 octobre 2017

La nouvelle est tombée : « Freebird », chanson finale du 1er opus de Lynyrd Skynyrd a finalement détrôné « Stairway To Heaven » de Led Zeppelin pour devenir la chanson la plus programmée par les radios classic rock US en 2002. « Freebird » ! Lynyrd Skynyrd ! Cette information mérite bien un peu d’histoire.

« On jouait ‘Freebird’ depuis 1969, se souvient Gary Rossington. C’est Allen Collins qui a trouvé le riff et l’a développé un peu partout, en répètes, en bagnole, dans sa chambre… Mais Ronnie (Van Zant, chanteur) trouvait que c’était trop compliqué, comme chanson. Au bout de 3 mois, il a redemandé à Allen de lui rejouer le titre, puis écrit le texte en 20 minutes. C’était une chanson comme une autre, juste l’histoire d’un gars qui quitte sa vieille ville… »
Aujourd’hui chanson favorite des Américains, « Freebird » accompagne enterrements ou anniversaire avec la même lenteur enlisante. Rossington : « Au début, le titre durait beaucoup moins que ça. Puis, à force de jammer en club, on a rallongé la fin. Faut dire qu’on manquait de titres à l’époque. » Simple roadie, Billy Powell imagine une brillante partie de piano qui lui vaut d’intégrer le groupe. C’est après la mort du guitariste des Allman Brothers, que Freebird prend des allures d’hymne. « A chaque concert, Ronnie dédiait la chanson à Duane Allman et ajoutait: ‘C’est un oiseau libre désormais’… »
Nous sommes en 1971 et Lynyrd Skynyrd sarcle sans trêve ni relâche ce qu’on conviendra d’appeler le Southern Slave Circuit. Certains de ces clubs sont dangereux, malfamés. Le groupe, bande de chevelus forts en gueule, ne craint ni les patrons, ni les clients. Acharnés de la picole, et de la castagne, les 6 musiciens rentrent souvent moulus de coups et ornés de cicatrices fraîches dans leur Floride natale.
Pour Lynyrd, groupe sudiste fou de rock anglais, tout a commencé dans une cabane de rondins, dans les marais de Jacksonville. C’est là que Ronnie Van Zant, lycéen démissionnaire s’acharne à faire jouer et rejouer « Psycho Daisies » à ces 2 guitaristes. Parfois il exige des solos qui se répondent, parfois il force Gary Rossington et Allen Collins à jouer les mêmes notes, ensemble. Finalement, de frustration, il incorpore un vétéran du groupe Strawberry Alarm Clock, le lourd Ed King. Ce guitariste est pro. Sous sa direction, dans la cabane, le groupe répète 12h par jour et enregistre une flopée de démos à Muscle Shoals. Comme de bien entendu, la première maquette de « Freebird » est refusée par 9 maisons de disques (Atlantic, Columbia, Warner, A&M, RCA, Epic, Elektra, Polydor et Capricorn). Le groupe reprend donc le chemin des clubs, rage au ventre. C’est là qu’un Al Kooper encore auréolé de sa dylanienne gloire repère cette bande de white trash: »Je les ai vus 4 soirs de suite. Chaque soir j’ai aimé une nouvelle chanson… Finalement, j’ai plongé. »
Signé sur le label Sounds of the South (étiquette jaune, distribution MCA) pour 9000 petits dollars, le gang de furieux entre en studio le 27 mars 1973.
Le choix de studio One de Doraville (Georgie) en dit long sur les maigres ressources du groupe et de son producteur. L’enregistrement se déroule donc à une vitesse folle, chaque musicien connaissant sa partie et la jouant depuis des mois.  Les relations entre les 2 camps sont tendues : « En studio, on fait comme Al Kooper a dit, ou on ne fait pas« , commenterait plus tard Ronnie Van Zant.
Une bagarre rangée oppose les musiciens à l’équipe du producteur et met un terme aux séances. Puis le groupe revient à la raison et cloue « Things Goin’ On » et « Simple Man » d’une seule traite. Le 30 Avril, le disque est terminé.
Bien sur, le cas « Freebird » divise les distributeurs. Terminé à plus de 9 minutes, le titre n’emballe pas les pontes de MCA qui tentent d’obtenir une version courte de 3 minutes, pour les radios. Sur ce coup, Van Zant devient balistique. Moitié blaguant, moitié menaçant, il écrit à la maison de disque une sauvage bluette intitulée  » Workin’ For MCA » (qu’on trouve sur le 2eme album et qui ouvrira tous les concerts du groupe jusqu’à l’accident d’avion de 1977).

Sorti en Aout 1973, le premier Skynyrd a tout pour séduire les fanatiques du rock d’en bas. Dans l’alors incontournable magazine Creem, on compare favorablement les Lynyrd aux Stones et aux Allman Brothers… « Ils sont peut etre le prochain super groupe, en tout cas ce que le Sud nous a envoyé de mieux depuis longtemps. »
Une longue tournée en première partie des Who fera le reste : »Pronounced … » trouve rapidement 100.000 acheteurs.

  • En studio avec Al Kooper

Alors, et « Freebird » ?
Soyons franc : plus tard, par la suite, Lynyrd composera d’énormes chansons. Des chansons quasiment folk, qui parlent de la vie trépidante dans le Sud, des flingues planqués sous le siège avant et des groupies en maillot de bain qui écrasent le nez à la portière du bus du groupe.
Mais ce premier disque est totalement et absolument parfait. Un album rural et électrique, avec des échardes de blues dans son gros rock. Et « Freebird » donc… Pièce baroque, parties de piano complexes; plans studio fous et bien sur… trois guitares en folie, déboulant au galop, en looping, en frontal, rugissant d’électricité, cavalant l’une derrière l’autre, riff sur riff et solos pas bégueules.
Sur scène, « Freebird » est l’obligatoire conclusion, le feu d’artifice final. Dans chaque pays, on accueille différemment cet oiseau libre. Pendant « Freebird », les fans anglais chargent toujours la scène… A Little Rock , un soir, un type nu bondira sur les planches sans que Van Zant en perde son cool.
Aujourd’hui, « Freebird » est donc devenu la chanson américaine ultime. L’hymne national des white trash, des tordus, des motards et des tatoués. Récemment, on l’a beaucoup entendu réclamée lors des concerts de Britney Spears… « Des parents qui perdaient toute retenue » a commenté le management de la toupie. La blague est bonne. Et comme la chanson, elle ne semble pas vieillir.

« ‘Freebird’ est l’hymne international des motards ». Jack Black 

 

 

Source Philippe Manoeuvre (La Discothèque idéale- Albin Michel)


Morceaux qui passent dans les shows : Hall of Fame, Southern rock, Live


L’article de Rolling Stones sur la polémique sur le titre « Sweet home Alabama »
https://www.rollingstone.fr/la-legende-sweet-home-alabama/


Formation de Lynyrd Skynyrd


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