Dee Dee (Ramones) King !

Written by on 27 septembre 2017

Dee Dee : “Je suis un nègre ! Je suis un nègre !”. Johnny : “Non, tu n’es pas
un nègre : tu es un putain de Blanc qui ne sait pas rapper.” Voilà pour l’ambiance
entre deux concerts des Ramones, en 1988. Marky le raconte dans
son autobiographie : “Dee Dee était à fond dans le hip hop, Run-DMC et Public
Enemy. Il cherchait des rimes dans le van, entre les moments où il avalait de
la Thorazine et de la Stelazine. Une fois qu’il a compris qu’il pouvait rapper et
agacer John en même temps, Dee Dee a foncé. Il s’est pointé en jogging Adidas
rouge à rayures noires. Une grande médaille Mercedes-Benz en or accrochée
à une chaine pendait à son cou, il avait les cheveux en pointe, des tas de bagues
aux doigts : il ressemblait à FlavorFlav, en blanc. ‘Et les dents en or ?’, a
dit John, elles sont où ? ‘J’y travaille’, a fait Dee Dee.” Les Ramones viennent
de sortir leur dixième album, le médiocre “Halfway To Sanity”, et rien ne va
plus. Dee Dee reste le principal compositeur du groupe, mais il en a sa dose,
du punk rock. Il sort de désintox’, une clinique où il s’est lié à des lascars qui
l’ont initié au hip hop. Dee Dee, le roi du punk rock, a vu la lumière : il sera le King du rap. Pour décrocher de l’héroïne, rien de mieux qu’une thérapie à base de LL Cool J. D’autres
jeunes New-Yorkais irrévérencieux, les Beastie Boys, cartonnent avec
“(You Gotta) Fight for Your Right (To Party!)” : c’est ce que Dee Dee veut
faire. Hey oh let’s go, ça suffit comme ça. Il sort donc, en 1987, le maxi “Funky Man”, où il rappe “I like rap and hip hop, I like hardcore and punk rock, I like hot-dogs, franks and beans/ I’m
funky man, Fa fa fa fa fa fa fa fa funky !”. Dans le clip, on voit Dee Dee
dans son appart’ cradoc, puis faisant le mariole dans New York : un bonheur.


Parallèlement, la carrière des Ramones patine. 1988 : les faux frères n’ont
rien d’autre à sortir qu’une compilation, “Ramones Mania”, et rien d’autre
à tourner qu’un clip d’une chanson vieille de dix ans, “I Wanna Be Sedated”.
Groupe du passé, il leur faudrait un nouvel album. Dee Dee : “L’enregistrement
de ‘Brain Drain’ a vraiment été difficile. Je flippais tellement d’affronter les
autres que j’ai fini par ne plus aller au studio. Je n’ai même pas joué sur
l’album. Je me suis trouvé un appartement dans l’East Village. J’ai été choqué
de voir comment tous mes copains, Stiv Bators, Richard Hell, Johnny Thunders,
terminaient : sans carrière, sans une thune, sans maison, à faire des entourloupes
dans la rue pour acheter un peu de came”. Dee Dee ne veut pas vivre dans le passé et la dope : le hip hop doit le sauver. Le boss de la maison de disque des Ramones l’encourage dans cette direction.
Marky : “Seymour Stein l’a signé sur Sire, avec liberté créatrice totale. D’un strict point de vue commercial, les talents d’écriture de Dee Dee avaient rencontré beaucoup de succès dans un autre genre — ils avaient même contribué à lancer le punk. Du point de vue de Seymour, ça valait donc le coup d’essayer”.
Malgré les réticences, les gloussements ou l’incompréhension de son
entourage, le bassiste enregistre donc “Standing In The Spotlight”, épaulé par Greg Gordon, l’ingénieur son de Public Enemy. Le disque débute par “Mashed Potato Time” et ces rimes : “It’s time to
rock/ It’s time to rap/ It’s time for the mashed potato attack !”. Debbie Harry
y apporte sa voix, comme sur “German Kid”, où Chris Stein joue de la guitare
— à noter qu’ici, Dee Dee rappe en allemand… “Cet album restera dans les
annales de la pop culture comme l’un des pires enregistrements de tous les
temps”, affirme le rock critic Matt Carlson. C’est archi-faux. “Standing In
The Spotlight” prouve ce qu’on savait déjà : Dee Dee est un grand songwriter,
et un excellent chanteur — il suffit d’écouter la ballade “Baby Doll”,
sublime. Ce qu’on ne savait pas, c’est que Dee Dee était capable d’une telle
diversité. “Standing In The Spotlight” n’est pas un disque hip hop. Il y en a,
mais à dose égale de rock et doo-wop. Son flow maladroit ? Du parlé-chanté, incrusté au milieu de couplet-refrains, boosté par des choeurs : les mélodies n’en sont que renforcées. “Commotion
In The Ocean”, “Brooklyn Babe”, “Emergency”, les morceaux surpassent
largement ceux des Ramones de la même époque — sachant que le groupe
récupérera “The Crusher” pour le réenregistrer. Celui qui se fait désormais
appeler Dee Dee King ose prouver qu’il sait composer autre chose que du
punk sur deux accords. Il va chèrement payer son audace, son inventivité,
presque obligé de s’excuser. “Quand je me suis mis au rap, on ne peut pas
dire que j’ai remporté l’Oscar du type le plus populaire. Dee Dee King ressemblait
trop à un devoir, je m’étais fixé trop de règles et trop de limites”. N’importe
quoi : “Standing In The Spotlight” les explose, les limites.
Fa fa fa fa facile. ★

Source Rock & Folk (Septembre 2017)


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