Gorillaz, le projet musical révolutionnaire de Damon Albarn et Jamie Hewlett, célèbre ses 28 ans d’existence en 2026.
- Un groupe virtuel unique : quatre personnages animés (2D, Murdoc, Russel et Noodle) incarnent la musique, tandis que deux hommes restent dans l’ombre.
- Des collaborations sans frontières : Gorillaz réunit des artistes du monde entier sur chaque album, transcendant tous les genres musicaux.
- Une approche artistique complète : musique, visuels, clips innovants et univers graphique forment une expérience immersive inédite.
- The Mountain en 2026 : le neuvième album, enregistré aux quatre coins du monde, intègre des voix disparues et collaborations internationales exceptionnelles.
Gorillaz fête en 2026 ses 28 ans d’existence, et le groupe n’a jamais autant fait parler de lui. Depuis ce premier EP sorti le 27 novembre 2000, le projet de Damon Albarn et Jamie Hewlett a vendu des millions de disques, révolutionné le rapport entre musique et image, et collaboré avec des artistes venus des quatre coins du globe. Mais au fond, qu’est-ce que Gorillaz exactement ? Un groupe ? Un concept ? Une performance artistique permanente ? Je vais t’éclairer sur l’un des projets les plus singuliers de l’histoire de la pop moderne.
Gorillaz : définition d’un groupe pas comme les autres
Quatre personnages, deux hommes derrière le rideau
Gorillaz est un groupe virtuel fondé en 1998 par deux hommes nés la même année, en 1968 — tous les deux en année du singe dans le calendrier chinois, ce qui ne relève pas du hasard compte tenu de leur obsession commune pour la culture asiatique. D’un côté, Damon Albarn, leader de Blur. De l’autre, Jamie Hewlett, créateur de la bande dessinée Tank Girl. Ils se sont rencontrés en 1990 via une interview croisée publiée dans le magazine Deadline — et le courant ne passait pas vraiment au début. Ironique pour ce qui deviendra l’une des associations les plus fécondes de la pop.
Ils deviennent colocataires à Londres en 1997, d’abord à Westbourne Grove, puis à Notting Hill. C’est là que naît le concept : quatre personnages fictifs animés prennent la place des musiciens traditionnels. 2D au chant, Murdoc Niccals à la basse, Russel Hobbs à la batterie et Noodle à la guitare. Ces quatre avatars n’existent qu’en dessin animé. Jamais en chair et en os. Jamie Hewlett les dessine, les fait vivre, leur donne une personnalité. Albarn compose. Le duo reste volontairement dans l’ombre.
Au départ, les deux fondateurs donnent de fausses interviews pour entretenir le mystère. Les premiers musiciens du projet incluaient Del the Funky Homosapien, Dan the Automator et Kid Koala. Le nom Gorillaz est un jeu de mots avec « guerilla », renvoyant à une forme d’art spontanée, clandestine et un brin révolutionnaire. Le gorille en est l’emblème naturel.
L’influence décisive de MTV sur la naissance du projet
L’idée vient d’une soirée comme beaucoup d’autres, les deux comparses vissés devant MTV. Jamie Hewlett constate que regarder la chaîne trop longtemps rend fou — aucun groupe n’est visuellement intéressant. Damon Albarn, lui, voit dans cette télévision la preuve d’une superficialité galopante : NSYNC, les Backstreet Boys, les Spice Girls trustent les écrans. Il déclarait en 2005 qu’une quarantaine de magazines sortaient chaque mois en ne parlant que des mêmes vingt personnes. C’est peu, et c’est consternant.
Gorillaz naît donc en réaction. Le projet s’inspire de groupes comme les Residents et Daft Punk, qui se cachaient déjà derrière des identités visuelles fortes. Albarn et Hewlett puisent aussi chez les situationnistes et les absurdistes. Ils veulent créer un monde à eux — et ils y parviennent au-delà de toutes les espérances.
Un premier album qui explose tout
Le premier album éponyme sort en 2001. Il intègre des collaborations avec Tina Weymouth des Talking Heads, Miho Hatori de Cibo Matto, et Ibrahim Ferrer du Buena Vista Social Club. Le single Clint Eastwood — inspiré du film de Sergio Leone Le Bon, la Brute et le Truand — repose sur seulement deux accords, joués sur un synthétiseur Omnichord des années 1980 couplé à un Solina String Ensemble et une mélodica. Minimaliste et hypnotique. Une partie de l’album a été enregistrée en Jamaïque pour ancrer les rythmiques reggae dans quelque chose d’authentique.
Résultat : 7 millions d’albums vendus dans le monde, dont 300 000 en France. Gorillaz était favori pour le Mercury Prize, devant Radiohead et PJ Harvey — avant de se retirer via une vidéo de Murdoc comparant la nomination au fait de porter un albatros mort autour du cou pour l’éternité. Le ton est donné.
| Album | Année | Thématique principale |
|---|---|---|
| Gorillaz | 2001 | Hybridation pop, dub, hip-hop |
| Demon Days | mai 2005 | Pamphlet anti-guerre, critique de George W. Bush |
| Plastic Beach | 2010 | Manifeste écologique, consommation de masse |
| Humanz | 2017 | Robotisation, critique de Donald Trump |
| Song Machine : Season One | 2020 | Collaborations mondiales, format épisodique |
| Cracker Island | 2023 | Psychédélisme, ésotérisme contemporain |
L’art du featuring comme ADN musical de Gorillaz
Des collaborations qui transcendent les genres
Si tu cherches un groupe qui fait tomber les frontières musicales, tu es au bon endroit — enfin, presque. Gorillaz, c’est une longue liste de rencontres improbables. Sur Plastic Beach (2010), Damon Albarn réunit Snoop Dogg, Lou Reed, Mos Def, Bobby Womack, Mick Jones, Paul Simonon, De La Soul et même le Lebanese National Orchestra for Oriental Arabic Music. Difficile de faire plus éclectique. C’est exactement ce genre d’audace qui m’enthousiasme quand j’analyse un projet musical pour notre blog.
Sur Humanz (2017), le groupe va jusqu’à réunir Noel Gallagher d’Oasis et Jehnny Beth sur We Got the Power. Pour ceux qui ont vécu la guerre Blur/Oasis dans les années 1990, c’est une réconciliation symbolique et assez savoureuse. Le même album accueille Grace Jones, Vince Staples, Danny Brown, Kelela et Kali Uchis. Pour aller plus loin dans l’analyse de ces collaborations, je t’invite à lire notre chronique album et critique musicale, qui décortique ce type de disques.
En janvier 2017, le single Hallelujah Money sort avec Benjamin Clementine — la veille de l’investiture de Donald Trump. Le texte est une charge frontale contre le culte de l’argent et le nouveau président américain. Gorillaz a toujours su faire de la politique sans en avoir l’air.
Un univers visuel aussi riche que la musique
Le clip de Clint Eastwood mettait en scène des gorilles zombies dansant façon Michael Jackson dans Thriller. Celui de 19-2000 multiplie les clins d’œil : l’hôtel de Shining, le camp de Crystal Lake de Vendredi 13, le vaisseau de Luke Skywalker. Et le clip de Saturnz Barz (2017) proposait une vidéo en 360°, avec la Spirit House reconstruite à Brooklyn, Berlin et Amsterdam. Ce groupe traite le clip comme une œuvre à part entière. Et sans vouloir manquer de respect à Pink Floyd, Gorillaz a des tubes — Damon Albarn le revendique lui-même.
DreamWorks avait même commencé à développer un film d’animation avant d’abandonner le projet, jugé beaucoup trop sombre pour un budget de plusieurs millions. Jamie Hewlett, de son côté, travaillait sur une série télévisée autour de ses personnages. L’univers Gorillaz est clairement trop singulier pour les cases habituelles de l’industrie. D’ailleurs, si tu t’intéresses à la scène alternative actuelle, notre sélection musique indé rock alternatif 2025 montre à quel point l’héritage de Gorillaz continue d’irriguer toute une génération.
Quand la technologie devient instrument
En 2010, Damon Albarn enregistre The Fall entièrement en tournée, sur un iPad. C’est une première. Le geste est symbolique : la musique peut naître n’importe où, avec n’importe quoi. Cette logique d’expérimentation permanente pousse le groupe vers des territoires que peu d’artistes osent chercher. Si tu veux comprendre comment la technologie convertit la création musicale, notre guide sur les NFT, musique et blockchain éclaire des mutations tout aussi radicales.
The Mountain, le prochain chapitre d’une épopée musicale
Un album enregistré aux quatre coins du monde
Gorillaz ne s’arrête pas. Le neuvième album, The Mountain, est attendu courant 2026 — le 27 février ou le 20 mars selon les sources. Il a été enregistré à Londres, en Inde, en Syrie et aux États-Unis. Le groupe a d’abord joué l’intégralité du disque lors d’un concert surprise à Londres le 11 septembre 2025, avant toute annonce officielle. Classe.
The Mountain rassemble quinze titres chantés en arabe, anglais, hindi, espagnol et yoruba. Il s’ouvre sur une grande plage instrumentale de près de 5 minutes. Le premier titre dévoilé, The Happy Dictator, est réalisé avec le groupe pop-rock américain culte Sparks. L’album sort sous KONG, le propre label du groupe.
Des voix du passé et des artistes du monde entier
La liste des collaborateurs donne le vertige. On y trouve Idles, Kara Jackson, Yasiin Bey, Johnny Marr des Smiths, Black Thought des Roots et Omar Souleyman. Mais The Mountain a aussi quelque chose d’émouvant : on entend les voix d’artistes disparus — Bobby Womack, Dave Jolicoeur dit Trugoy the Dove, Dennis Hopper, Mark E. Smith de The Fall, Proof de Detroit et Tony Allen, batteur légendaire.
L’Inde occupe une place centrale dans l’album, avec la flûte d’Ajay Prasanna, le sitar d’Anoushka Shankar — fille de Ravi Shankar — et les sarods d’Amaan et Ayaan Ali Bangash. Le titre Orange County réunit même Bizarrap, Kara Jackson et Anoushka Shankar sur un seul morceau. Damon Albarn a résumé sa philosophie avec une formule simple — avec Gorillaz, chaque album est un voyage, et il veut emmener les fans dans des endroits qu’ils n’ont jamais vus. Après 28 ans, le pari est toujours tenu.