Fontaines DC : définition et histoire du groupe

Fontaines DC, groupe post-punk irlandais fondé à Dublin en 2017, bouscule la scène rock mondiale avec une urgence littéraire rare et une identité unique.

  • Origines et influences : Cinq amis dublinois inspirés par The Fall, Joy Division, Wire et la poésie irlandaise, reconnus « Meilleur groupe au monde » par NME en 2024
  • Une trajectoire en quatre actes : Dogrel (2019) nominé Mercury Prize, A Hero’s Death (2020) plus austère, Skinty Fia (2022) considéré comme leur chef-d’œuvre identitaire, Romance (2024) plus pop
  • L’âme gaélique en scène : Grian Chatten écrit des paroles poétiques sur l’exil irlandais, la violence intérieure et l’identité nationale avec une sincérité désarmante
  • Impact culturel : Bande sonore du film Bird (2025), collaborations avec James Ford, présence aux plus grandes scènes européennes et festivals majeurs

Un groupe de post-punk irlandais qui cite James Joyce, Brendan Behan et le manga Akira dans la même interview. Bienvenue chez Fontaines DC. Je t’assure, ce n’est pas banal. Nés à Dublin en 2017, ces cinq garçons ont bousculé la scène rock mondiale avec une urgence littéraire rare. NME les a sacrés « Meilleur groupe au monde » lors des NME Awards de février 2024. Pas mal pour des types qui traînaient sur les bancs dublinois il y a dix ans à peine.

Fontaines DC : qui sont-ils vraiment ?

La question « qu’est-ce que Fontaines DC » mérite une réponse franche. C’est d’abord cinq amis : Grian Chatten au chant, Carlos O’Connell et Conor Curley aux guitares, Conor Deegan III à la basse, et Tom Coll à la batterie. Tous originaires de Dublin City — d’où les initiales « D.C. » du nom. Et « Fontaines » ? Une référence directe à Johnny Fontaine dans The Godfather, personnage lui-même inspiré de Frank Sinatra. Classe.

Grian Chatten a écrit ses premiers vers à 9 ans. Ses mots d’alors : « Je cours, je cours, je cours. » Une urgence poétique qui ne l’a jamais quitté. La genèse du groupe remonte à 2014, quand ces amis se retrouvent autour d’une passion commune pour la poésie et la littérature irlandaise. Le groupe prend sa forme définitive en 2017, signe chez Partisan Records après une prestation remarquée au Shacklewell Arms de Londres en mars 2018.

Leurs influences parlent d’elles-mêmes :

  • The Fall, Joy Division et Ian Curtis pour l’ossature post-punk sombre
  • The Pogues et Morrissey pour l’âme irlandaise agitée
  • Wire, Protomartyr, Sleaford Mods et IDLES pour l’énergie brute
  • The Cure, Nirvana et les Beach Boys pour les mélodies qui restent

Carlos O’Connell rêve d’un producteur capable de faire sonner leur batterie comme l’intro de Lust For Life d’Iggy Pop. Tom Coll, lui, écoute Moon Safari d’Air la nuit en voiture. Le groupe partage une scène avec IDLES et Shame, mais possède un son qui n’appartient qu’à lui.

Une identité forgée dans les rues de Dublin

Le premier album Dogrel, sorti en 2019, porte le nom d’un style poétique de la classe ouvrière irlandaise né en 1630. Une déclaration d’intention forte. La chanson d’ouverture « Big » décrit Dublin comme une « ville enceinte avec un esprit catholique ». James Joyce appelait cette ville dear dirty Dublin dans ses romans. Chatten reprend le flambeau avec une sincérité désarmante. L’album a reçu une nomination au Mercury Prize — la reconnaissance critique était là dès le départ.

Le virage austère de « A Hero’s Death »

En 2020, A Hero’s Death marque un tournant. Moins pop, plus austère. La chanson titre s’inspire du poète et dramaturge irlandais Brendan Behan, membre de l’IRA, figure du romantisme insurrectionnel irlandais. Elle répète en boucle « La vie n’est pas toujours vide » — une réponse directe au sentiment de stagnation de Dogrel. Cette même chanson a servi de bande sonore au film Bird de la réalisatrice Andrea Arnold, sorti le 1er janvier 2025, avec Barry Keoghan dans le rôle central.

L’exil irlandais raconté par « Skinty Fia »

Skinty Fia (2022) est, selon beaucoup, leur chef-d’œuvre. L’expression gaélique signifie « la damnation du cerf ». La pochette montre un cervidé sans bois, perdu dans une maison anglaise — métaphore limpide de l’expatrié dépossédé de ses racines. Pour la scène indie rock alternatif actuelle, cet album reste une référence absolue.

La chanson « In ár gCroíthe go deo » — « Dans nos cœurs pour toujours » en gaélique irlandais — rend hommage à Margaret Keane, une Irlandaise de Coventry décédée en 2018 à 76 ans. Sa famille avait voulu graver cette expression sur sa pierre tombale. La Cour de justice de l’Église d’Angleterre s’y était opposée. La famille a finalement triomphé en 2021 et a fait jouer la chanson du groupe sur la tombe. Je trouve cette histoire bouleversante.

Leur son, leur scène, leur impact

Fontaines DC ne fait pas que jouer de la musique. Le groupe visite ce que Chatten appelle « le caractère irlandais qui se bat pour ne pas être détruit parce qu’il existe dans un autre pays ». Dans « I Love You », il écrit une lettre lucide à l’Irlande, pointant les échecs du Fine Gael et du Fianna Fáil. Dans « Liberty Belle » — nommée d’après un pub de Francis Street à Dublin — il parle de violence intérieure et de dépendance, sans édulcorer.

Le quatrième album Romance, sorti le 23 août 2024 chez XL Recordings, est produit par James Ford, qui a aussi travaillé avec Arctic Monkeys, Depeche Mode et Gorillaz. Il rend hommage au manga Akira de Katsuhirō Otomo et au cinéma de Paolo Sorrentino. Plus pop, très utile, selon la presse internationale.

Album Année Tonalité Distinction
Dogrel 2019 Post-punk brut, poésie dublinoise Nomination Mercury Prize
A Hero’s Death 2020 Austère, répétitif, sombre BO du film Bird
Skinty Fia 2022 Gaélique, identitaire, intense Meilleur album selon la presse
Romance 2024 Pop, cinématographique Produit par James Ford

Sur scène, Chatten reste une énigme. Au Zénith de Paris le 13 novembre, il n’a adressé la parole au public qu’une seule fois en une heure et demie de concert — juste le mot « Paris ». Sobre. Efficace. Le groupe a aussi joué au Bataclan pour France Inter et prévoit des concerts le 6 juin à Villeurbanne, le 14 juillet aux Vieilles Charrues et le 25 août à Rock en Seine.

La scène live comme terrain d’expression

Carlos O’Connell a confié que ses concerts les plus émouvants ont eu lieu à Madrid, Dublin, mais aussi dans un tout petit lieu en banlieue de Seattle. Le groupe avait assuré la première partie d’Arctic Monkeys en Amérique du Nord en 2023 et s’est produit dans l’émission de Jimmy Fallon. Pour quiconque cherche à interviewer un artiste musicien, Chatten est sans doute le cas d’école le plus enchantant — peu loquace en public, mais d’une précision chirurgicale dès qu’on lui parle de poésie.

Quand la musique s’inscrit dans une tradition

Le groupe s’inscrit dans une lignée qui n’est pas sans rappeler la trajectoire tragique et flamboyante de Phil Lynott — cette manière typiquement irlandaise de mêler mélancolie, fierté et colère dans des refrains qui marquent. D’ailleurs, Carlos O’Connell rêvait adolescent d’assister à un concert de Patti Smith au CBGB dans les années 1970. Certains rêves ne s’expliquent pas, ils se vivent à travers les disques.

Sources : Catégories Documentaire musique

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