L’article en bref : Sonic Youth, formé en 1981 à New York, révolutionne le rock expérimental.
- Origines : Un quatuor fondateur avec Thurston Moore, Kim Gordon, Lee Ranaldo et Steve Shelley, issu de la no wave new-yorkaise
- Sonorité radicale : Guitares préparées, accordages libres et esthétique de la dissonance inspirée par Glenn Branca
- Trilogie fondatrice : EVOL (1986), Sister (1987) et Daydream Nation (1988), inscrit au patrimoine américain en 2006
- Héritage durable : Influence majeure sur le grunge, les riot grrrls et la musique indépendante contemporaine
- Fin de cycle : Séparation en 2011 après 30 ans, laissant un impact indélébile sur le rock expérimental
Formé à New York en 1981 sur les cendres fumantes de la no wave, Sonic Youth n’est pas simplement un groupe de rock. C’est une expérience sonore radicale, une théorie musicale mise en pratique avec une constance de trente ans. Je t’avoue que quand je plonge dans leur discographie, j’ai l’impression d’entendre les murs du CBGB trembler encore. Pas étonnant : c’est là que tout a commencé.
Qu’est-ce que Sonic Youth : définition et origines d’un groupe culte
Sonic Youth, c’est quatre musiciens qui ont transformé la guitare électrique en objet de torture sonore — et c’est un compliment. Le groupe se forme autour de Thurston Moore (guitare, chant), arrivé du Connecticut à New York à la fin des années 1970 en rêvant de croiser Sid Vicious. Il rencontre la Californienne Kim Gordon (basse, chant) en 1984, année de leur mariage. Lee Ranaldo exhaustive la trinité des guitares dès le départ, et Steve Shelley s’installe définitivement derrière la batterie en 1986, après avoir croisé Moore et Ranaldo lors d’un concert des Crucifucks au CBGB.
Le nom du groupe, peu de gens le savent, fusionne Big Youth (chanteur reggae des années 1970) et le Sonic Rendez-vous Band de Fred « Sonic » Smith, leader des MC5. Une synthèse qui dit tout sur leur appétit omnivore.
Leur premier concert se déroule lors du NoiseFest, du 16 au 24 juin 1981, avec Richard Edson à la batterie. Le budget de leur premier album enregistré en studio ? 2 000 dollars, mixé en deux jours. Autant dire que le luxe n’était pas au programme.
Leur point de départ intellectuel, c’est Glenn Branca, compositeur de symphonies bruitistes dont ils absorbent la philosophie : triturer, saturer, salir la guitare pour obtenir une esthétique de la dissonance. Thurston Moore formule leur musique dès 1981 comme des « rythmes denses intensifiés en les accidentant et en les broyant, juxtaposés avec des morceaux d’ambiance façon bande-son ». Voilà un manifeste qui tient en une phrase.
Une musique inclassable par essence
Punk, no wave, noise, grunge, free jazz, post-rock : la critique a tout essayé pour coller une étiquette sur leur son. Rien ne colle vraiment. Ce qui caractérise Sonic Youth sur scène et en studio, c’est l’usage d’accordages libres et inhabituels, de guitares préparées frottées avec des tournevis ou des baguettes, et des strates de distorsion empilées jusqu’à l’abstraction. Sur le pressage original de EVOL, un sillon perpendiculaire — le fameux locked groove — oblige l’auditeur à soulever lui-même le bras de la platine à la fin du disque. Même le vinyle devient interactif.
La trilogie fondatrice EVOL-Sister-Daydream Nation
Trois albums, une époque, une révolution. EVOL (1986) et Sister (1987) sortent sur le label SST Records, reconnu pour Black Flag, Minutemen et Hüsker Dü. Sonic Youth devient le premier groupe de la côte Est à rejoindre cette maison, bientôt suivi par Dinosaur Jr. Sister s’inspire largement de l’œuvre de Philip K. Dick, notamment « Schizophrenia » qui relate un épisode de la vie de l’écrivain. Ce titre deviendra d’ailleurs le plus joué en concert : 344 fois sur 1 453 concerts référencés, selon les 1 208 setlists compilées sur SonicYouth.com.
Puis vient Daydream Nation en 1988, double album de 70 minutes sorti sur Enigma Records. Rolling Stone le classe parmi les plus grands albums des années 1980. En 2006, la Bibliothèque du Congrès américain l’inscrit au patrimoine sonore des États-Unis. Pour une chronique d’album qui mérite une analyse complète, celui-là s’impose naturellement.
Collaborations, influences et héritage durable
Kim Gordon est une grande fan de rap — Run DMC, LL Cool J, dont l’album Radio (1985) lui a littéralement retourné le cerveau. En 1989, elle interviewe LL Cool J pour le magazine Spin. L’échange la déçoit profondément. Résultat : le titre « Kool Thing » sur l’album Goo (1990), avec Chuck D de Public Enemy en featuring. Ce morceau reprend le gimmick de « Going Back To Cali » de LL Cool J et reste aujourd’hui le titre le plus streamé de la bande originale de Judgement Night (1993).
Les collaborations jalonnent toute leur carrière :
- Mike Watt des Minutemen participe à EVOL, juste après la mort de D. Boon.
- Lydia Lunch chante sur « Death Valley 69 » dans Bad Moon Rising.
- Cypress Hill rejoint le groupe sur « I love you Mary Jane » pour Judgement Night.
- Butch Vig — producteur du Nevermind de Nirvana — produit Dirty en 1992.
L’influence sur une génération entière
Thurston Moore et Rick Rubin signent Nirvana chez Geffen Records sur leur recommandation directe. L’attitude de Kim Gordon inspire une génération entière de riot grrrls, dont Bikini Kill. J Mascis de Dinosaur Jr apparaît même dans le clip de « Teenage Riot » en président des États-Unis. Si tu veux comprendre pourquoi la musique indépendante et rock alternatif d’aujourd’hui sonne comme elle sonne, le fil remonte inévitablement à eux.
La fin du groupe et ses prolongements
En 2011, après trente ans de carrière et la naissance de leur fille Coco Hayley Gordon Moore en 1994, le groupe se sépare suite au divorce de Kim Gordon et Thurston Moore. Ils avaient pourtant réussi l’exploit de maintenir une étanchéité totale entre vie privée et vie musicale pendant des décennies. Jim O’Rourke, cinquième membre entre 2000 et 2005, avait déjà tracé sa route. En 2010, le groupe signe encore la bande originale du film Simon Werner a Disparu de Fabrice Gobert. Une dernière carte postale avant le silence.
Pourquoi Sonic Youth reste une référence indispensable pour tout amateur de rock
Si tu débutes dans l’exploration du rock expérimental, voici un point d’entrée concret : écoute Daydream Nation d’une traite, puis remonte à EVOL. Tu comprendras immédiatement comment une guitare peut cesser d’être un instrument et devenir une idée. Les interviews d’artistes et musiciens en podcast sur ce type de groupe révèlent souvent une dette artistique immense envers ce quatuor new-yorkais. Et crois-moi, trente ans après leur apogée, l’héritage de Sonic Youth n’a pas pris une ride.
Sources : wiki radio — radio.fr site de la radio français