Stone Temple Pilots, formation californienne de 1990, incarne un tournant majeur du rock alternatif américain.
- Origines et débuts : Fondé à San Diego en 1990 par Robert DeLeo, Scott Weiland, Dean DeLeo et Eric Kretz. Le nom Stone Temple Pilots choisi en 1991 après plusieurs tentatives.
- Succès commercial : L’album Core (1992) certifié huit fois platine. Purple (1994) atteint la première place des charts. Des hits comme Plush et Creep deviennent incontournables.
- Turbulences personnelles : Les dépendances de Scott Weiland fragilisent régulièrement le groupe. Séparation en 2002, reformation progressive à partir de 2008.
- Évolutions et résilience : Plusieurs changements de chanteurs (Chester Bennington, Jeff Gutt depuis 2018). Le groupe continue d’enregistrer et de tourner malgré les tragédies personnelles.
San Diego, 1987. Robert DeLeo, bassiste en quête d’une voix, croise Scott Weiland lors d’un concert de Black Flags. Ce soir-là, sans le savoir, deux musiciens posent les fondations de l’un des groupes les plus marquants du rock américain des années 90. Quelques années plus tard, Stone Temple Pilots allait devenir une référence incontournable du rock alternatif — et ce, malgré des débuts chaotiques et des critiques qui ne leur faisaient vraiment pas de cadeaux.
Stone Temple Pilots : qui sont-ils vraiment ?
Une naissance agitée, entre concerts et changements de noms
Après leur rencontre en 1987, Robert DeLeo et Scott Weiland recrutent rapidement Dean DeLeo, frère de Robert, à la guitare, et Eric Kretz à la batterie. Le groupe se forme officiellement en 1990 à San Diego, en Californie, sous le nom Mighty Joe Young. Problème : ce nom appartient déjà à un bluesman. Il faut trouver autre chose.
Les premières idées sont… disons, créatives. Shirley Temple’s Pussy est catégoriquement rejeté par leur maison de disques — on les comprend. Vient ensuite Stereo Temple Pirats. Pas terrible non plus. En 1991, le groupe tranche : ce sera Stone Temple Pilots, avec soin de conserver les initiales STP, référence directe au logo de STP Motor Oil. Un clin d’œil discret, mais assumé.
Je trouve cette anecdote savoureuse. Elle dit beaucoup sur le caractère du groupe : rebelle, provocateur, mais suffisamment malin pour ne pas se tirer une balle dans le pied avant même d’avoir sorti un disque.
Core, l’album qui tout a changé
Le groupe signe chez Atlantic Records en 1992. Le 29 septembre 1992, leur premier album Core, produit par Brendan O’Brien, sort en même temps que Dirt d’Alice In Chains. Pas de chance pour le calendrier, mais ça ne freine pas le succès : Core sera certifié huit fois platine et désigné supérieur premier album par le magazine Rolling Stone.
Les singles Plush, Sex Type Thing, Creep et Wicked Garden tournent en boucle sur les radios. Plush remporte même l’award de la optimale vidéo en 1993. Pourtant, les critiques sont sévères. On les compare sans cesse à Pearl Jam et Alice In Chains, comme si le grunge ne pouvait avoir qu’un seul représentant légitime. Les journalistes eux-mêmes finiront par admettre qu’ils avaient jugé trop vite. Mea culpa tardif, mais honnête.
Leurs influences ? Led Zeppelin, Aerosmith, Neil Young, les Beatles, Jim Morrison et David Bowie. Un cocktail qui explique leur capacité à alterner riffs massifs et mélodies délicates.
Purple et la consécration commerciale
En 1994, Purple sort et entre directement à la première place des charts américains. Un exploit qui confirme leur statut. Si tu veux te faire une idée du son du groupe à cette époque, voici les titres de l’album :
- Meatplow
- Vasoline
- Lounge Fly
- Interstate Love Song
- Big Empty
- Unglued
Le troisième album, Tiny Music : Songs From the Vatican Gift Shop, prend une direction plus récent, mêlant sensibilité pop et rock de fin de siècle. Le constat est moins percutant commercialement, mais prouve une vraie envie d’chercher.
Les turbulences de Scott Weiland et les années de séparation
Drogues, prison et rechutes à répétition
Scott Weiland traîne des problèmes de dépendance qui plombent régulièrement le groupe. Arrêté pour possession de drogues, il enchaîne cures de désintoxication, week-end en prison et rechutes. Pendant qu’il tente de s’en sortir, les trois autres membres fondent Talk Show — une parenthèse qui ne mène nulle part.
En 1998, Weiland sort un album solo intitulé 12 Bar Blues et repart en tournée. Dès 1999, il réintègre Stone Temple Pilots pour enregistrer No. 4. Mais ses démons le rattrapent — overdose, hôpital, nouvelle incarcération. Cinq mois plus tard, l’enregistrement de Shangri-La Dee Da débute quand même. L’album sort en 2001 et c’est un échec commercial. En 2002, le groupe se sépare officiellement.
Weiland rejoint alors Velvet Revolver en 2003, aux côtés de Slash, Duff McKagan et Matt Sorum, ex-membres de Guns N’Roses. Les autres membres ne restent pas inactifs : Eric Kretz rejoint Spiralarms, tandis que les frères DeLeo s’associent à Richard Patrick, chanteur de Filter, pour former Army of Anyone.
Pour la fin tragique de Phil Lynott, on connaît le poids que peuvent avoir les addictions sur des artistes au sommet de leur art. Avec Weiland, le schéma est hélas similaire.
Reformation, nouveaux chanteurs et suite de la discographie
En 2008, Weiland quitte Velvet Revolver. Les membres se réconcilient progressivement et préparent un retour. L’album éponyme de 2010, composé de 12 titres pour environ 50 minutes, marche commercialement malgré des critiques mitigées. Certains reprochent au groupe d’avoir perdu son âme. D’autres saluent des compositions comme Huckleberry Crumble, Dare If You Dare ou Hazy Daze, qui oscillent entre saveurs années 70 et accessibilité pop.
En 2013, Weiland est définitivement écarté. Chester Bennington, chanteur de Linkin Park, assure une transition le temps d’un EP. Weiland, lui, fonde The Wildabouts et Art of Anarchy. Il décède en pleine tournée, à seulement 48 ans. Bennington disparaîtra lui aussi tragiquement, quelques années plus tard.
Voici un tableau récapitulatif des principales formations du groupe :
| Période | Chanteur | Album(s) |
|---|---|---|
| 1992–2002 | Scott Weiland | Core, Purple, No. 4, Shangri-La Dee Da |
| 2010–2013 | Scott Weiland | Album éponyme |
| 2013–2015 | Chester Bennington | EP |
| 2018–aujourd’hui | Jeff Gutt | Album 2018, Perdida (2020) |
En 2018, Jeff Gutt, ancien candidat de The X-Factor et ex-chanteur de Dry Cell, prend le micro. L’album sorti chez Rhino Records contient 12 titres pour 48 minutes et convainc les critiques : ils saluent un disque qui mêle l’énergie des débuts à une sensibilité mélodique mature. Perdida suit en 2020.
L’héritage durable d’un groupe rock qui refuse de disparaître
Ce que j’admire dans le parcours de Stone Temple Pilots, c’est leur capacité à rebondir. Chaque dissolution semblait définitive, et pourtant le groupe revenait. Pas toujours au sommet, mais toujours debout. Pour comprendre leur place dans l’histoire du rock alternatif, il suffit de mesurer leur influence : des centaines de groupes ont intégré cet ADN mêlant puissance et mélodie.
Si tu t’intéresses à la musique indé rock alternatif en 2025, tu retrouveras clairement des traces de leur empreinte dans beaucoup de formations actuelles. Le son STP a filtré, consciemment ou non, dans des dizaines de projets modernes.
Pour aller plus loin dans l’analyse de leurs disques, notamment Core ou Purple, je t’invite à consulter notre guide de chronique album et critique musicale, qui te donnera les clés pour décortiquer ces œuvres avec le bon regard.
Stone Temple Pilots n’ont jamais été le groupe le plus facile à défendre dans les dîners de famille. Mais dans le monde du rock, leur nom s’impose seul — et c’est bien suffisant.