The Velvet Underground, groupe fondateur de New York, révolutionne le rock avec une approche radicale et poétique.
- Formation atypique : Lou Reed, John Cale, Sterling Morrison et Maureen Tucker forment un collectif hors norme en 1965, fusionnant littérature brute et avant-garde musicale.
- Impact avec Warhol : La collaboration avec Andy Warhol transforme le groupe en happening total, mêlant spectacle visuel et provocation délibérée.
- Discographie mythique : Quatre albums majeurs redéfinissent le rock, du manifeste fondateur (1967) à Loaded (1970), influençant punk, post-punk et électro.
- Héritage persistant : Décennies après leur séparation, leur radicalité artistique irrigue encore le rock indépendant et alternatif contemporain.
Lou Reed avait 28 ans quand il a quitté le Velvet Underground sans un mot, sur les marches du Max’s Kansas City, un dimanche soir d’août 1970. Il a murmuré ses adieux à Maureen Tucker, puis il est parti. Juste comme ça. C’est peut-être l’exit le plus classe de toute l’histoire du rock — ou le plus triste, c’est selon.
Qu’est-ce que The Velvet Underground : un groupe hors norme né à New York
The Velvet Underground se forme à New York au début de l’année 1965, autour d’un noyau de quatre musiciens aux profils radicalement différents. Lou Reed, né à New York en 1942, apporte les textes et la guitare. John Cale, formé auprès du minimaliste La Monte Young et de Tony Conrad, incarne l’avant-garde pure. Sterling Morrison tient la guitare rythmique. Maureen Tucker frappe une batterie épurée, debout parfois sur des poubelles retournées, en s’inspirant de rythmiques africaines maladroites et hypnotiques.
Delmore Schwartz, le professeur de Lou Reed à Syracuse, lui a transmis une exigence littéraire qu’on retrouve dans chaque texte : William Burroughs et Jean Genet comme boussoles, la rue comme matériau brut. Le groupe ne raconte pas la vie qu’on voudrait avoir — il raconte celle qu’on préfère ignorer.
La rencontre avec Andy Warhol, un tournant décisif
En novembre 1965, Andy Warhol croise le groupe au Café Bizarre, dans Greenwich Village. Il devient leur manager, les installe à la Factory — son atelier légendaire — et leur impose la collaboration de Nico, chanteuse allemande née Christa Päffgen. Reed et Cale ont longtemps pensé que Warhol agissait ainsi parce que le groupe manquait de style et d’élégance. Warhol obtient un contrat avec Verve Records, produit le premier album et en conçoit la pochette.
Les concerts de l’époque ressemblent à des happenings : films projetés sur scène par Warhol, performances de Gerard Malanga, lumières aveuglantes. Le groupe joue souvent dos au public, comme pour l’ignorer. L’ensemble porte un nom — les Exploding Plastic Inevitable. C’est autant du spectacle total que de la provocation délibérée.
Les membres fondateurs et leurs trajectoires singulières
Angus MacLise, premier batteur du groupe, mérite qu’on s’y arrête. Poète et musicien ésotérique, il quitte le groupe le jour même où arrive le premier engagement rémunéré — jouer à heure fixe pour de l’argent lui est moralement insupportable. Maureen Tucker le remplace. Elle restera la seule à tenir à distance les drogues dures qui consument les autres membres.
John Cale, évincé en septembre 1968 par Lou Reed à l’issue de désaccords croissants, n’a que 26 ans. Il mettra longtemps à surmonter ce qu’il décrit lui-même comme un traumatisme. Sterling Morrison, lui, deviendra professeur de faculté après la dissolution du groupe — ce qu’il avait toujours voulu faire.
La discographie du Velvet : des albums qui ont changé la donne
Le premier album, The Velvet Underground and Nico, paraît en mars 1967. Sa pochette ornée d’une banane décollable dessinée par Warhol lui vaut le surnom d’album à la banane. Rolling Stone le classe 13ème des meilleurs albums de tous les temps et le décrit comme l’album le plus prophétique jamais réalisé. Commercialement, c’est un quasi-échec — mais Brian Eno résumera la chose parfaitement : tous ceux qui ont acheté ce disque ont fondé un groupe.
Voici les quatre albums studio majeurs de la période active :
- The Velvet Underground and Nico (mars 1967) — le manifeste fondateur
- White Light/White Heat (1968) — le plus expérimental, marqué par l’empreinte de Cale
- The Velvet Underground (enregistré en 1969, sorti sous le titre VU en 1985) — un tournant pop
- Loaded (1970) — signé chez Atlantic Records, contenant Sweet Jane et Rock and Roll
Sister Ray, sur le deuxième album, dure souvent plus d’une demi-heure en concert. C’est une cacophonie décadente, une histoire à la Jean Genet mêlant défonce et travestis. Le Chicago Daily Mail écrivait en juin 1966, après un concert à Chicago, que le groupe sentait la menace, le cynisme et la perversion — et espérait qu’on tue tout ça avant que ça se répande. Raté.
L’influence de The Velvet Underground sur des générations d’artistes
| Artiste / Groupe influencé | Courant musical |
|---|---|
| David Bowie | Glam rock |
| Patti Smith | Punk poétique |
| Joy Division | Post-punk |
| Sonic Youth | Noise rock |
| Daft Punk | Électro |
| PNL | Rap atmosphérique |
En France, Étienne Daho revendique ouvertement cette filiation. En 2004, Rolling Stone classe le groupe 19ème des 100 plus grands artistes de tous les temps. The Velvet Underground entre au Rock and Roll Hall of Fame en 1996, présenté par Patti Smith elle-même.
Après la séparation : que sont-ils devenus ?
Lou Reed repart vivre à Long Island chez ses parents après le 23 août 1970. Il travaillera comme dactylo pendant un an avant une carrière solo qui le rendra légendaire. Il décède le 27 octobre 2013, après une greffe du foie. Sterling Morrison s’éteint en 1995. Nico, elle, était morte en 1988.
En 1990, Reed et Cale se retrouvent sur Songs for Drella, hommage à Warhol disparu. Puis en 1993, le groupe se réunit pour une tournée européenne, notamment en première partie de U2. En 2016, la Philharmonie de Paris accueille l’exposition The Velvet Underground New York Extravaganza du 30 mars au 21 août. Le 3 avril, John Cale rejoue le premier album avec Étienne Daho, Peter Doherty, Carl Barât, Mark Lanegan et Lou Doillon — un concert diffusé sur Arte le 12 juin 2016.
Pourquoi leur héritage continue de rayonner aujourd’hui
Si tu veux vraiment comprendre ce que le groupe a changé, je te conseille de lire une chronique album et critique musicale approfondie de The Velvet Underground and Nico — pas pour te faire une opinion, mais pour mesurer à quel point les mots manquent encore à décrire ce disque.
Le documentaire de Todd Haynes, diffusé sur Apple TV+ le 15 octobre, montre comment cette histoire semble se passer là, sous nos yeux. Ce n’est pas de la nostalgie — c’est une leçon d’urgence artistique toujours valide. John Cale définissait l’art comme jouer la même note durant vingt-quatre heures, placer le danger au centre. Cette radicalité irrigue encore le rock indépendant et alternatif d’aujourd’hui.
Quant à l’entretien entre Lou Reed et le critique Lester Bangs, paru en mars 1975 dans Scream sous le titre Louons maintenant les célèbres nains mortifères — les deux s’insultent copieusement pendant des pages. C’est la seule forme d’amour qu’ils arrivent à communiquer. Si tu fais des interviews d’artistes en podcast, tu peux prendre ça comme modèle. Ou pas — selon ton assurance-vie.
Le Velvet a moins été un groupe qu’un état d’alerte permanent. Une étoile noire qui continue de faire peur, cinquante ans après s’être éteinte.