Les Ramones, groupe punk fondateur formé en 1974 à New York, ont révolutionné le rock malgré un succès commercial initial modeste.
- Origines et identité visuelle : Quatre musiciens new-yorkais adoptent des pseudonymes en « Ramone » et créent un uniforme iconique (perfecto, jeans déchirés, Converse).
- Premier album discret : Enregistré pour 6 400 dollars, le premier disque (1976) n’atteint que la 111e place au Billboard mais devient une référence mondiale.
- Consécration critique : Rocket to Russia (1977) reçoit les éloges de Rolling Stone et marque le tournant avec des singles en charts.
- Influence disproportionnée : Bono, Eddie Vedder et Lars Frederiksen reconnaissent leur dette envers les Ramones, qui ont inventé le punk rock.
- Héritage durable : Leur logo reste emblématique, leurs chansons saturent la culture populaire, et Joey Ramone Place à New York immortalise leur impact.
Formé le 23 janvier 1974 à New York, le groupe qui allait tout changer s’appelait les Ramones. Budget d’enregistrement de leur premier album : 6 400 dollars. Résultat au Billboard : une modeste 111e place. Et pourtant, aujourd’hui, Bono, Eddie Vedder ou encore Lars Frederiksen de Rancid ont tous déclaré que sans eux, leur carrière n’aurait jamais existé. Difficile de trouver un exemple plus criant d’un groupe aussi influent et aussi peu récompensé commercialement. Je t’invite à replonger dans cette histoire passionnante, un peu folle, parfois tragique — celle d’un groupe qui a littéralement inventé le punk rock.
Qu’est-ce que les Ramones : le groupe punk new-yorkais qui a tout changé
Les Ramones naissent dans le Queens, à New York, portés par quatre gamins qui n’ont pas grand-chose à perdre. Douglas Colvin, Jeffrey Hyman, John Cummings et Tamás Erdelyi adoptent dès le départ des pseudonymes se terminant tous par « Ramone » — une référence au pseudonyme Paul Ramon utilisé par Paul McCartney à ses débuts avec les Silver Beatles. Dee Dee à la basse, Joey au chant, Johnny à la guitare, Tommy à la batterie : voilà la formation originale.
Leur identité visuelle est immédiatement reconnaissable. Perfecto noir, jeans déchirés, t-shirt, cheveux longs et Converse usées — un uniforme devenu iconique. Leur logo, imaginé par Arturo Vega, détourne le sceau présidentiel américain en y inscrivant leur célèbre slogan « Hey ! Ho ! Let’s Go ! ». Vega se surnommait lui-même « ministre de la propagande des Ramones », ce qui en dit long sur l’humour du groupe.
Leurs influences sont étonnamment éclectiques. Joey admirait les Beatles, les Velvet Underground et Marc Bolan. Dee Dee regardait du côté des Rolling Stones et des New York Dolls. Johnny jurait par Elvis Presley. Tommy, lui, nourrissait une passion pour Jimi Hendrix. Les Beach Boys transparaissent même dans certains de leurs morceaux — surprenant pour un groupe qu’on associe spontanément au chaos sonore.
Le premier album éponyme sort en 1976, enregistré en à peine quelques semaines pour ce budget dérisoire de 6 400 dollars. Il contient 14 chansons dont aucune ne dépasse vraiment les deux minutes trente. I Don’t Wanna Go Down to the Basement est la plus longue. Les deux singles, Blitzkrieg Bop et I Wanna Be Your Boyfriend, n’entrent pas dans les charts. La pochette est photographiée par Roberta Bayley. Pas de succès commercial donc, mais un objet sonique qui va fracasser des certitudes dans tout le monde musical.
Des concerts qui parlent à leur place
Le tournant arrive lors de leur passage au Roundhouse de Camden Town, à Londres, le 4 juillet 1976. Devant 2 000 personnes venues voir les Flamin’ Groovies, les Ramones ouvrent le concert en soutien — et repartent avec les applaudissements. Les critiques britanniques s’emballent. Avant ça, leur premier concert majeur hors de New York, à Youngstown en Ohio, avait réuni… une dizaine de personnes. La progression est spectaculaire.
Rocket to Russia et la consécration critique
En 1977, Rocket to Russia atteint la 49e place du Billboard 200. Le journaliste Dave Marsh, dans le magazine Rolling Stone, le désigne comme « le meilleur album américain de rock and roll de l’année ». Sheena Is a Punk Rocker entre enfin dans les charts à la 81e place — une première pour le groupe. Rockaway Beach grimpe à la 66e place et reste à ce jour leur meilleur single en Amérique.
Phil Spector, les armes et 700 000 dollars
L’album End of the Century, enregistré avec le producteur Phil Spector, reste l’une des anecdotes les plus surréalistes du rock. Spector pouvait passer dix heures sur l’intro d’une seule chanson. Une nuit, il braqua son arme sur Dee Dee et lui joua Baby, I Love You au piano en boucle jusqu’au matin. Le budget final : 700 000 dollars. L’album se vendit mieux que les précédents mais ne rapporta pratiquement rien au groupe. Johnny, furieux, refusa même de retirer son perfecto pour la photo de pochette — il fut mis en minorité.
Biographie des membres, tensions et discographie
Derrière la façade de groupe soudé, les Ramones cachaient des tensions permanentes. Joey (Jeffrey Hyman) souffrait du syndrome de Marfan et de TOC. Il avait grandi avec une mère instable après le divorce de ses parents, et s’était réfugié dans la musique très jeune. Johnny (John Cummings) était le fils d’un ouvrier, fan des Yankees, passé par une école militaire qu’il adorait. Dee Dee (Douglas Colvin) avait fui Berlin avec sa mère pour échapper à un père violent et alcoolique.
La rupture la plus célèbre du groupe ? Johnny avait pris la petite amie de Joey, Linda, et l’avait épousée. Joey écrivit alors The KKK Took My Baby Away — une façon assez directe de régler ses comptes. Les deux hommes ne s’adressèrent plus vraiment la parole pendant des années. En 1980, ils donnèrent quand même 155 concerts. Les sets restaient impeccables.
Voici les principaux albums du groupe, avec leur année de sortie :
| Album | Année | Fait marquant |
|---|---|---|
| Ramones | 1976 | Budget de 6 400 $, 111e au Billboard |
| Rocket to Russia | 1977 | 49e au Billboard, encensé par Rolling Stone |
| End of the Century | 1980 | Produit par Phil Spector pour 700 000 $ |
| Too Tough to Die | 1984 | Concert devant 25 000 personnes à Amsterdam |
| ¡Adios Amigos ! | 1995 | Dernier album studio du groupe |
Tommy, le batteur originel, se retira assez tôt. Il fut remplacé par Marc Bell (Marky Ramone), ancien batteur des Voidoids. Marky quitta à son tour le groupe en 1983 après avoir raté un concert — il était trop alcoolisé pour monter dans l’avion. Dee Dee, lui, parti en 1989 pour une tentative de carrière hip-hop sous le nom de Dee Dee King, aussi inattendue que commercialement désastreuse. À noter que pour les amateurs de musique indé rock alternatif, les Ramones restent une référence absolue qui irrigue encore aujourd’hui de nombreux courants.
La dissolution et la mort de trois fondateurs
Le dernier concert eut lieu le 6 août 1996 à Los Angeles. Sur scène ce soir-là : Lemmy Kilmister, Eddie Vedder, Chris Cornell et Dee Dee Ramone lui-même. C’était leur 2 263e concert en 22 ans de carrière. En mars 2002, le groupe entre au Rock and Roll Hall of Fame. Joey mourut le 15 avril 2001 d’un cancer, à 49 ans. Dee Dee disparut le 5 juin 2002 d’une overdose. Johnny s’éteignit le 15 septembre 2004 d’un cancer de la prostate. Tommy, dernier survivant de la formation originale, mourut le 11 juillet 2014.
Une influence disproportionnée par rapport au succès commercial
Le magazine Spin les classait deuxièmes meilleurs groupes de tous les temps en 2002 — derrière les Beatles. Rolling Stone les place 26e dans ses 100 meilleurs artistes. Leur premier album n’est devenu disque d’or aux États-Unis qu’en 2014, soit 38 ans après sa sortie. Il existe officiellement plus de cinquante albums hommage rien qu’en leur honneur. Metallica a repris six de leurs chansons. Bono a dit que U2 n’existerait pas sans eux. Sid Vicious a reconnu que sa version de My Way était directement influencée par les Ramones. On peut aussi citer leur influence sur des groupes comme The Clash — dont le leader Joe Strummer avait accordé sa dernière interview au documentaire End of the Century avant son décès. Le parcours tragique de certains de ces pionniers du rock rappelle d’ailleurs celui d’autres figures de l’époque, comme la fin tragique de Phil Lynott, emporté lui aussi beaucoup trop tôt.
L’héritage des Ramones, de New York au monde entier
Si tu veux vraiment comprendre pourquoi les Ramones comptent encore aujourd’hui, regarde ce qui se passe autour de toi. Leur logo orne des t-shirts portés par des gens qui n’ont jamais écouté Blitzkrieg Bop. C’est une forme de reconnaissance absurde et délicieuse à la fois — les voilà devenus symbole pop, eux qui se moquaient éperdument du mainstream.
Leur musique est partout dans la culture populaire. Judy Is A Punk figure dans La Famille Tenenbaum de Wes Anderson. Blitzkrieg Bop retentit dans National Lampoon’s Vacations dès 1983. Les Ramones ont même prêté leurs voix pour l’épisode Rosebud des Simpson. Dee Dee avait composé Pet Sematary à la demande de Stephen King pour le film de Mary Lambert sorti en 1989. Pas mal pour un groupe que Johnny lui-même qualifiait de « plus célèbre groupe inconnu du monde ».
Le 30 novembre 2003, la ville de New York baptisait officiellement l’angle de Bowery Street et de la 2nd Street Joey Ramone Place. C’est peut-être là, dans ce coin de Manhattan, que tout s’est vraiment décidé. Si tu passes par là un jour, prends le temps de t’arrêter. Et si tu n’as jamais vraiment écouté les Ramones, commence par Rocket to Russia — tu me remercieras plus tard.