DNA, groupe emblématique du no wave new-yorkais des années 1970, incarne la rébellion musicale la plus radicale du XXe siècle à travers trois musiciens visionnaires.
- Origines et membres : Formé en 1978 à New York, DNA réunit Arto Lindsay (guitare/voix), Robin Crutchfield puis Tim Wright (basse/claviers) et Ikue Mori (batterie), créant une bombe musicale sans formation classique.
- Sonorité distinctive : Morceaux courts, structures abolies, textures abrasives et guitare dissonante caractérisent l’esthétique radicale du groupe, illustrée par « Lionel » et « Size ».
- Contexte historique : Le no wave émerge du New York en crise des années 1977-1978, refusant explicitement les codes du punk et du rock, aux côtés de groupes comme Teenage Jesus and the Jerks.
- Influence durable : DNA a inspiré Sonic Youth, PJ Harvey et les musiciens d’avant-garde mondiaux, prouvant que l’intégrité artistique transcende les ventes commerciales.
New York, fin des années 1970. Le punk s’essouffle, la disco règne sur les clubs, et dans les lofts de Lower Manhattan, une poignée de musiciens décident de tout casser. Pas métaphoriquement : littéralement. Ils rejettent la mélodie, la technique, parfois même le rythme. C’est dans ce chaos organisé qu’émerge le mouvement no wave, et avec lui, un groupe qui me attire depuis longtemps : DNA.
DNA groupe no wave : ce qu’il faut vraiment savoir
Quand on me demande ce qu’est DNA groupe no wave, je réponds toujours la même chose : c’est la musique la plus honnêtement dérangée que le XXe siècle ait produite. Et je dis ça avec beaucoup d’affection. DNA n’est pas un groupe qu’on écoute pour se détendre, c’est un groupe qu’on écoute pour comprendre que la musique n’a pas de frontières fixes.
Qui sont les membres de DNA ?
DNA se forme à New York en 1978. Le groupe réunit trois personnalités aussi étranges que complémentaires. Arto Lindsay, né au Brésil mais élevé aux États-Unis, en est la figure centrale : guitariste volontairement non technique, sa façon de jouer repose sur la dissonance pure. Il chante en hurlant, en murmurant, parfois dans un portugais brisé. Robin Crutchfield arrive à la basse et aux claviers. Puis Tim Wright le remplace en 1979. Enfin, Ikue Mori tient la batterie avec une précision paradoxalement anarchique. Ce trio, c’est une bombe à retardement musicale.
Ce qui me frappe toujours, c’est que Lindsay n’avait reçu aucune formation musicale classique. Certains diront que ça s’entend. Moi, je dirai que c’est précisément pour ça que DNA sonne comme rien d’autre. L’absence de technique devient une technique en soi.
Les caractéristiques sonores du groupe
La musique de DNA repose sur quelques principes bien identifiables. Les morceaux durent rarement plus de deux minutes. Les structures conventionnelles couplet-refrain ? Oublie. Ce que tu entends, c’est une superposition de textures abrasives, de rythmes syncopés et de lignes de guitare qui semblent vouloir fuir la tonalité à toute vitesse.
Parmi les titres qui illustrent le mieux cette approche, « Lionel » et « Size » restent les plus représentatifs. Ces morceaux, issus de la compilation No New York produite par Brian Eno en 1978, résument parfaitement l’esthétique du groupe : bruits, tensions, relâchements soudains. Brian Eno, oui, ce même personnage qui avait cofondé Roxy Music avant de devenir le pape de la musique ambiante. Sa présence dans ce projet reste l’une des collaborations les plus surprenantes de la décennie.
Le contexte historique du no wave new-yorkais
Le no wave naît dans un New York en crise. La ville est au bord de la faillite en 1975, les quartiers comme le South Bronx brûlent littéralement, et le CBGB sur Bowery Street accueille une scène punk bouillonnante. Mais dès 1977-1978, certains artistes veulent aller encore plus loin dans la transgression. Le no wave refuse explicitement les codes du punk, du rock, du jazz. Il refuse tout.
DNA s’inscrit dans cette rébellion aux côtés de groupes comme Teenage Jesus and the Jerks de Lydia Lunch, The Contortions de James Chance ou encore Mars. Quatre groupes, tous immortalisés sur la compilation No New York, qui reste à ce jour le document de référence de ce mouvement. Cette compilation ne s’est vendue qu’à environ 25 000 exemplaires à sa sortie, mais son influence sur l’avant-garde musicale mondiale a été disproportionnée par rapport à ces chiffres modestes.
L’héritage durable du no wave et de DNA
Je t’entends déjà penser : « Mais à quoi ça sert, de la musique aussi difficile ? » Question légitime. Ma réponse : elle sert à élargir ce qu’on croit possible.
L’influence sur la musique indépendante mondiale
L’impact de DNA et du no wave sur la musique indépendante des décennies suivantes est considérable. Sonic Youth, groupe fondé en 1981 à New York, reconnaît ouvertement cette filiation. Thurston Moore et Lee Ranaldo utilisent des techniques de guitare préparée et des accordages alternatifs directement inspirés de l’esthétique no wave. Plus tard, des artistes comme PJ Harvey ou des groupes de noise rock japonais des années 1990 citent ce mouvement comme référence fondatrice.
Arto Lindsay lui-même a connu une carrière solo remarquable, naviguant entre avant-garde new-yorkaise et musique brésilienne, prouvant que la dissonance et la sensualité peuvent cohabiter. Son album Noon Chill sorti en 1998 illustre parfaitement cette dualité.
DNA dans la mémoire collective musicale
Voici ce qui distingue DNA des autres groupes du mouvement no wave :
- Une durée d’existence courte mais extrêmement productive (1978 à 1982)
- Une cohérence esthétique radicale maintenue de bout en bout
- Une influence documentée sur deux générations de musiciens indépendants
DNA n’a jamais cherché le succès commercial. Et franchement, ça se voit. Mais c’est justement cette intégrité qui explique pourquoi le groupe reste étudié aujourd’hui dans les conservatoires d’art contemporain.
DNA et la radio : une relation compliquée
Impossible de passer à la radio avec ce son-là. Aucun animateur radio sain d’esprit n’aurait programmé DNA entre deux tubes de 1979. Et pourtant, c’est précisément cette impossibilité qui rend le groupe précieux. La Catégories Documentaire musique