THE ALLMAN BROTHERS BAND – At Fillmore East (1971)

Written by on 24 octobre 2017

Cet album est l’un des 3 plus grands live mythiques, avec le Who »Live at Leeds » et le Deep Purple  » Made in Japan ». Ce double défini une décennie de rock sudiste. Aujourd’hui encore, une formation nommée Allman Brothers continue de tourner, rejouant chaque soir la quasi-intégralité du live de 1971 pour des foules extatiques. « The Allman Brothers Band Live at Fillmore East » est donc enregistré les vendredi 12 et samedi 13 mars 1971, à raison de 2 shows par soir. Tout à fait incroyablement, les Allman commencent le 1er show du 1er soir avec une section de cuivre complète. Convoqué par Atlantic, le géniale ingénieur Tom Dowd comprend en un éclair qu’il faut épurer le propos. Dès l’entracte, il parle à Duane. A l’aube, bandes en main, Tom et le groupe foncent aux studios Atlantic pour en avoir le coeur net. Improvisations collectives, grands dérapages de slides, griffure de bottleneck, tout semble immortalisé par le 16 pistes. Les musiciens se regardent quelques secondes, comparent le set avec cuivres et celui sans et hochent la tête. Pensifs. Les cuivres ne reviendront pas. Et des années durant, étudiants et amateurs resteront éberlués par la folie de jouer déployé par les 6 musiciens. Leur synchronisme. Leur entente quasi télépathique. En ce soir mythique, les Allman jouent avec une grâce et une expertise qui vont défier le temps.

Jaimoe et Butch, les 2 batteurs camionneurs propulsent la machine. Duane joue ses parties de bottleneck avec une exubérante confiance ( à preuve cette inoubliable version de « Statesboro Blues » qui ouvre le bal). Le 2eme morceau est une reprise du classique d’Elmore James, « Done Somebody Wrong ». L’harmonica de Thom Doucette prend le 1er solo, suivi par un mémorable break de Dickey Betts, rattrapé par une cascade de notes hystériques miaulées par Duane, chien du ciel pointant sa slide sur la manche de sa Gibson SG accordée en open de ré. Ayant dûment étudié le message des vieux bluesmen, Elmore James et Robert Johnson notamment, Duane Allman prend le problème aux tripes et imagine ce qu’auraient joué ces titans du blues dans un contexte rock.
Arrive le standard  » Stormy Monday », titre popularisé par Bobby Blue Band au début des années 60. La voix de Gregg mérite mention : l’organiste platine sonne comme un ermite sur les épaules duquel reposeraient tous les problèmes de la planète. Puis dans l’écrin tressé par ses compagnons, Duane évacue des solos ruisselants de notes, élargissant à la diable la gamme blues.

« You don’t love me » est le pont entre l’ancien style Allman des  albums studio et le choc à venir. Sur les 6 premieres minutes, le groupe s’autorise le classique déploiement florilège avant de laisser Duane et sa Les Paul en action solitaire. « Joue toute la nuit, mec ! » hurle alors un spectateur, et il semble que c’est exactement ce que le chien fou va faire. Au bout de 20 minutes, le message est clair: non contents de s’approprier un vieux blues, les Allman viennent de le foudroyer, le réduire en miettes et e reconstruire, emmenant leur public sur des plans qu’on jurait jusqu’à la réservés aux jazz aficionados. Titre instrumental « Hot Lanta » est dévolu au bassiste. Là ou la plupart des concurrents de la catégorie rock se seraient contentés d’imposer un drive sur 2 notes, le fougueux Berry Oakley ponctionne son manche et s’offre une très inhabituelle exploration de la gamme. A l’évidence ce musicien ses débuts à la guitare. Quel que soit le point de chute du patron, il se retrouve toujours à l’endroit exacte de son arrivée, offrant une assise de notes aussi solides qu’économes. La foule semble effarée de la cohésion de l’ensemble, de l’élévation tonique du discours. Aujourd’hui encore , l’auditeur perçoit nettement le « ah ! » de surprise collective en fin de « Hot Lanta » avant le déluge d’applaudissements.

Mais le meilleur reste à venir.

Dès cette époque, les Allman retravaillent leur nouvelle pièce de bravoure « In Memory of Elizabeth Reed », composition de Dickey Betts. Bien sur, tout le début du titre appartient au guitariste compositeur qui se lance dans une série plaintes obtenues en variant le volume de sa guitare (effet qui n’est pas sans rappeler les brumeuses cornes de Miles sur « Kind of Blue »). La basse est aggressive et pousse les guitaristes à se mesurer à Coltrane. Ce que fait très sensuellement Duane Allman sur le rest du titre. Le pinacle de sa carrière ? Certains biographes l’affirment. La dernière face du double album était occupée par « Whipping Post », petit morceau standard du premier album des Allman Brothers qui dure désormais 22 minutes de folie incandescente. Soudain Gregg Allman chante comme un mourant roublard. Il expédie ses guitaristes à la pêche, et les 2 hommes vont tresser un bouquet de lignes mélodiques virevoltant et tourbillonnant, jusqu’à ce que Duane signale l’apocalypse imminente par de furieux appels de guitare. Il y eut tant d’amateurs, que la suite et la fin de ce concert d’anthologies se retrouvèrent sur le double posthume « Eat the Peach ».
Mais la déesse de la vengeance s’acharne sur les hardis compagnons.
En 6 mois, un roadie, puis Duane et enfin Berry le bassiste, 24 ans tous deux, vont disparaître dans de mortels accidents.
Alors restons en 1971, à l’aube finale qui pointe sur la fin du dernier set. Des cris de surprise et de désespoir accueillent le départ du groupe. Intransigeante, la foule extatique en redemande… Duane revient et se fend de cette touchante explication: » Attendez il est 6h du matin, on a tout enregistré. Vous êtes sur la bande, nous sommes sur la bande, ce sera notre troisième album. Merci. » Hilare, le guitariste quitte la scène.
Moins de 6 mois plus tard, c’est la terre qu’il quittait, percuté par un camion alors qu’il conduisait fièrement sa Harley sur une petite route de Georgie.
Tout aussi fâcheux semble le mixage révisionniste des versions CD surveillés par un Tom Dowd. Tout à fait étrangement, les interventions de Duane ont été revues à la baisse (le solo de « Lizbeth Reed » traficoté) et la basse de Berry Oakley n’est plus la force dominante qui drive le groupe. La disparitions des réactions chaleureuse du public réclamant à cor et à cri « Whipping Post » a achevé de convaincre de ne se séparer sous aucun prétexte de son vinyle original.

 

Source Philippe Manoeuvre (La Discothèque idéale- Albin Michel)

Morceaux qui passent dans les shows : Hall of Fame, Southern Rock

Membres des Allman Brothers :

 


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